Maj, une petite fille dégourdie qui vit avec son oncle, un balaise tatoueur et tatoué, rêve d’une famille normale. Avec un père, une mère, un grand frère et un chien. « Les mômes et les tatouages ne font pas bon ménage », a coutume de répéter Sonny, l’oncle musclé. Fuyant un tatouage raté, ils quittent précipitamment la ville, tous les deux, pour vivre une série d’aventures rocambolesques. Jusqu’à se constituer une famille de cœur.
Dès le départ, ce dessin animé en papier découpé danois rompt avec les codes habituels. Une petite fille et un tatoueur, on n’avait jamais vu ça ! Dommage pourtant qu’au fil de l’aventure, l’histoire rentre dans le rang… pour mieux en ressortir à la toute fin du film. C’est un peu tard, mais la vitalité des personnages et leur look incroyable font oublier les petites errances du scénario et nous aident à sortir des sentiers battus…
Fils de bonne famille motivé par son patriotisme, J.Edgar Hoover a fini par régner sur le renseignement américain et les puissants de son pays. Et cela, d’après Clint Eastwood, pour satisfaire l’ambition démesurée de sa mère autoritaire. Patriote et anti-bolchévique hautement revendiqué, il a tout au long de sa vie prévenu les attaques réelles ou supposées à l’endroit de son pays et érigé puis dirigé pendant 48 ans une police de protection prête à défendre ses concitoyens et la moralité : le FBI.
Il en prend les rênes assez jeune et profite toujours de circonstances particulières et de méthodes très personnelles pour en augmenter le rôle et la puissance jusqu’à lui donner la suprématie sur les autres polices américaines.
Cultivant un culte du secret à toute épreuve, le sien mais surtout ceux des autres, il parviendra toute sa vie et même au-delà à cacher ses nombreuses zones d’ombre, aidé en cela par une équipe de fidèles parmi les fidèles. Sauf peut-être celui de son homosexualité plus que latente mais tuée dans l’oeuf par sa mère abusive, méprisante avec son père et définitivement castratrice.
La mère: voilà la figure tutélaire qui dresse le caractère d’un homme. Un concept validé des centaines de fois, certes, mais avec lequel Eastwood est manifestement très mal à l’aise. Sans aucune subtilité, il martèle alors la toute puissance de cette femme sur son fils. A sa mort, inconsolable, il ira même jusqu’à lui piquer ses robes!
De facture très classique, ce biopic sans doute nécessaire mais parfois trop décousu reste très imparfait. On se méfie toujours, et avec raison, quand Eastwood aborde les thèmes du nationalisme. Une fois encore, la thèse soutenue est sans surprise. Parade au bolchévisme, l’omnipotence d’Hoover (pourtant très anti-démocratique) est légitimée par Eastwood.
Comme d’habitude, il nous réserve pourtant quelques prouesses remarquables: la parade amoureuse aussi maladroite que savoureuse d’Hoover dans la Bibliothèque quand il tente de séduire Helen Gandy (Naomi Watts) , la scène fondatrice de l’engagement de jeune policier au suspense éprouvé… Mais, dès qu’il approche le terrain psychologique, Eastwood devient convenu et lourdaud. Dommage car les acteurs, et en premier Leo di Caprio, sont formidables…jeunes et même vieux. Mais ils sont alors si mal maquillés qu’ils semblent artificiels.
Avec Leonardo di Caprio, Naomi Watts, Armie Hammer, Josh Lucas, Judi Dench
Au collège Joséphine Baker de Saint-Ouen, en banlieue parisienne, la caméra de Clara Bouffartigue suit l’année d’une classe de quatrième. Principalement durant les cours de français et ceux d’arts plastiques. Sans aucun commentaire.
Dans cet établissement classé en zone d’éducation prioritaire, on assiste donc à la découverte de Victor Hugo, d’Arthur Rimbaud ou de Pierre Soulages, dans un silence appliqué qui alterne brusquement avec un brouhaha assourdissant où quelques fortes têtes font la loi. Car, c’est cela qui frappe : l’ambivalence des situations. Parfois, la classe écoute et capte ce que l’on lui enseigne, sans problème. Mais, le débordement est sous-jacent, la violence rentrée, la vigilance des profs permanente. Et leur patience remarquable. Car, malgré les dérapages incessants de certains élèves, les deux professeurs mettent un point d’honneur à transmettre à tous leurs connaissances sans jamais se décourager, ni les condamner. Un document positif sur l’école (c’est rare) qui insiste sur l’investissement des enseignants comme sur celui de la plupart de leurs élèves. C’est riche d’enseignement.
Avec Alice Henry, Isabelle Soubaigné, Camille Michaux et tous les élèves de la classe 4ème C
On avait laissé Astérix et Obélix en pleine surenchère olympique, perdus dans l’argent facile, les filles légères, la coke en stock. En pleine mode bling-bling et sans plus aucun repère. Le film était raté (même s’il a assuré ses 16 et quelques millions d’entrées dans le monde), vulgaire, ses acteurs fatigués voire déprimés et ses héros entachés d’une image qui n’était pas la leur. L’annonce d’un nouvel opus, avec une équipe certes renouvelée, présageait du pire. A tort.
« Au service de sa Majesté » qui mêle les histoires d’Astérix et les Normands et d’Astérix chez les Bretons pourrait bien revendiquer la place du plus réussi des quatre films de la série (à disputer avec Mission Cléopâtre, signé Alain Chabat). Cette fois, c’est Laurent Tirard (Le petit Nicolas) qui s’y colle et ses bonnes idées font de cet épisode un divertissement familial moderne et de bon aloi, rempli de références, de bons mots, de gags cocasses et de trouvailles vraiment réjouissantes. Il réussit la prouesse d’être à la fois le plus fidèle à l’esprit des auteurs (Uderzo et Goscinny) tout en le remettant au goût du jour. Donc, on s’amuse des blagues historiques mises en scène (le lever du Goudurix, le neveu de Lutèce en vacances au village, par exemple) sur la musique résolument moderne des BB Brunes.
A vrai dire, le casting et la direction d’acteurs y sont pour beaucoup : aux côtés de Gérard Depardieu, incontournable Obélix, Edouard Baer campe un Astérix astucieux mais solitaire, maladroit avec les femmes. Ils font face à Catherine Deneuve, royale, Valérie Lemercier et Fabrice Luchini, contrôlés, Vincent Lacoste, issu des Beaux Gosses, qui glisse une modernité bienvenue, Dany Boon, méconnaissable, Gérard Jugnot, Charlotte lebon, Guillaume Gallienne… tiennent leur partition haut la main. Pas de démonstration d’effets spéciaux, non, mais une histoire bien contée, amusante et resserrée aux plus près des personnages. Il n’en fallait pas plus pour nous convaincre, par Toutatis!
Avec Gérard Depardieu, Edouard Baer, Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Vincent Lacoste, Dany Boon, Gérard Jugnot, Charlotte Lebon, Guillaume Gallienne, Fabrice Luchini…
En octobre 2009, le Gruffalo, cette créature impressionnante aux énormes crocs et aux dents aiguisés, à la mâchoire d’acier et aux griffes acérées, mi-ours, mi-monstre, s’était fait une place remarquée sur les écrans français. Cette fois, c’est son fils, avec qui il vit au fond d’une caverne qui devient le héros de cette aventure champêtre. Le père a interdit à son rejeton de s’aventurer dans le bois sombre, à cause de la très grande et méchante souris qui y règne. Evidemment, le petit n’en fera qu’à son idée jusqu’à ce qu’il tombe sur elle… Ce film est idéal pour aller braver les peurs des plus farouches très jeunes spectateurs.
Les images ont juste ce qu’il faut d’impressionnant pour leur montrer que les recommandations des parents face aux dangers sont très souvent justifiées. Très consensuel même sur son design, ce court-métrage ne brille jamais par son audace même s’il reste agréable à regarder. Les trois très courts métrages qui le précèdent mettent, eux, l’accent sur le graphisme. Notre préféré est le minimaliste L’oiseau et la feuille, poétique et drôle. Alors que les deux autres sont l’un insignifiant, l’autre trop brutal pour la cible d’âge concernée.
Voilà plusieurs fois que Disney consacre un film à un personnage secondaire d’un de ses classiques. Il y avait eu Tigrou, sorti tout droit de Winnie l’ourson. Clochette, la minuscule fée de Peter Pan, devient à son tour l’héroïne d’une histoire créée de toutes pièces. Bloquée en été au cœur du Pays Imaginaire, Clochette est très attirée par la Forêt blanche, une partie glaciale et interdite de sa vallée. Elle s’y engouffre à ses risques et périls et y découvre un être qui va bouleverser sa vie.
Sans être un chef d’œuvre et malgré une apparente mièvrerie, Clochette vaut mieux que ce que l’on peut en attendre. C’est un conte merveilleux qui s’adresse exclusivement aux fillettes en plein âge « princesse », avec un soin évident apporté aux détails, aux dessins et juste ce qu’il faut d’adrénaline pour que l’aventure soit suffisamment exaltante. Le contrat est rempli.
De Roberts Gannaway et Peggy Holmes, avec les voix françaises de Lorie et d’Amel Bent.
En 1944, en pleine épuration du ghetto de Lvov, une ville de Pologne, un groupe d’une dizaine de juifs fuient par les égouts. Ils espèrent y trouver un refuge temporaire mais sont aussitôt débusqués par Leopold Socha, l’employé de la ville chargé de surveiller ce réseau souterrain. La présence de ces juifs le dérange. Car, si Leopold est père de famille et employé modèle, il organise en sous-sol des petits trafics clandestins. Pourtant, il ne va pas tarder à être touché par le sort de ces malheureux et va, à ses risques et périls, organiser leur survie, même quand ceux-ci n’auront plus d’argent pour le payer…
On pensait avoir tout vu, tout lu sur la Shoah. Mais, cette histoire vraie est aussi bouleversante qu’intéressante. D’abord, parce que la réalisatrice, Agnieszka Holland a mis toute sa science à décrire ces individus avec leurs qualités, bien sûr, mais aussi avec leurs défauts. Leopold est ambivalent, d’abord dérangé dans ses trafics, puis intéressé par l’argent qu’il peut tirer de la situation et finalement parfaitement humain. Les juifs, eux non plus, ne sont pas décrits de manière manichéenne : ils ne sont ni bons, ni mauvais, les maris trompent leurs femmes, les autres abandonnent leurs prochains, certains protègent égoïstement leurs biens etc… Bref tout le panel de l’être humain, exacerbé par cette situation extrême, est mis en évidence. Et cette richesse n’est pas la moindre qualité de ce film éprouvant.
Ensuite, il faut être sacrément bon réalisateur, bonne réalisatrice en l’occurrence, pour réussir à maintenir sans relâche l’intérêt du spectateur sur un tel film. Parce parvenir à tenir en haleine en filmant quasiment 2h25 dans les égouts, dans le noir presque complet tout en réussissant à communiquer l’angoisse, la puanteur, l’humidité constante est une prouesse extraordinaire. Tellement réussie, qu’en comparaison, la fin particulièrement rapide et courte semble totalement irréelle et irréaliste. Malgré cela, Sous la ville reste un grand film.
Avec Robert Wieckiewicz, Benno Fürmann, Herbert Knaup, Kinga Preis, Agnieszka Grochwska..
Quand Jeff débarque dans la vie de son meilleur pote, en pleine une nuit, Ben est fort occupé à essayer de faire un enfant à sa femme. Qu’importe ! Les retrouvailles de deux copains sont les plus fortes et très vite, Jeff dévie Ben de sa petite routine familiale. Il l’amène dans une soirée interlope où ils font le pari stupide de tourner ensemble un porno pour Hump, le célèbre festival de films amateurs. Rendez-vous est pris à l’hôtel quelques jours plus tard…
Remake mou
Yvan Attal ne s’en cache pas : son troisième film est une commande, celle d’un remake de Humpday, signé de l’américaine Lynn Shelton, qui a connu son heure de gloire en étant sélectionné à Sundance et à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Il s’en cache tellement pas que c’est non seulement la même histoire, mais évidemment les mêmes situations et à peu près les mêmes dialogues (quasiment les mêmes costumes).
Outre le fait qu’il ne semblait pas indispensable de faire un remake de Humpday aussi vite (le premier date de 2009), Yvan Attal n’apporte finalement pas grand chose qui puisse vraiment nous accrocher. L’intrigue n’est pas passionnante, on se doute assez vite de ce qui va se passer (et en plus, on s’en fout !). Sa manière de filmer, avec flou et mise au point sur certaines parties des plans seulement, est plutôt insupportable. Enfin, la régression de deux hommes d’âge mûr en pleine crise post-adolescente n’est jamais séduisante (surtout pour une femme). Certains hommes s’y retrouveront sans doute. Mais qu’ils sachent quand même que le film n’est pas très drôle (le brief d’Attal était de réaliser une comédie), que les acteurs ne décoiffent non plus… sauf dans la scène de fête destroy où Asia Argento et Charlotte Gainsbourg, en couple lesbo libéré, s’en donnent à cœur joie. C’est un peu court…
Avec François Cluzet, Yvan Attal, Laetitia Casta, Charlotte Gainsbourg, Asia Argento…
« Mes amis du continent s’imaginent que habiter Hawaï, c’est vivre au paradis. Comme si on passait nos journées à siroter des cocktails et surfer. Et puis quoi encore? Qu’est-ce qu’ils croient, qu’on est immunisé contre la vie? Je suis pas monté sur un planche depuis… je sais pas, quinze ans? » La voix suave et arythmique de George Clooney survole en ouverture l’île de Hawaï, où Matt King, son personnage, est avocat et heureux héritier des terrains âprement disputés. Il est aussi le mari d’Elisabeth, plongée dans un coma très profond suite à un douteux accident en mer. Matt King n’est pas un homme parfait. Loin de là. Mari et père lointain, il s’est investi dans son travail et a finalement peu pris part à la vie de sa famille. L’accident de sa femme va le mettre face à ses responsabilités et lui ouvrir les yeux. En grand! Ses filles ont besoin de lui, sa femme le trompait, l’héritage de sa famille représente ses racines. En perdant pied, il va enfin prendre conscience et devenir un homme.
Alexander Payne a un talent énorme : celui d’être constamment sur le fil et de savoir y rester, de s’y maintenir, sans jamais jamais tomber. Sur le papier, l’histoire semble décourageante, anachronique même. Mais, il en fait un cheminement intérieur tellement fort, une révélation de vie si puissante qu’il évite écueils, clichés et gagne constamment en intérêt.
Au départ, rien n’est séduisant. Clooney est sapé comme un beauf, avec des chemises à fleurs délavées. Sa femme est un légume sur un lit d’hôpital. Son univers, comme tous les plans très cadrés où il évolue, sont étriqués: bref, il est aussi moche que sa vie! Au contact de ses filles (formidables découvertes que sont Shailene Woodley et la jeune Amara Miller) il s’épanouit; en acceptant ses devoirs, son environnement lui sourit, nous sourit… D’un seul coup, l’image s’embellit et laisse à découvrir un homme en reconquête et des îles de beauté. Le rejet primaire qu’on avait d’Hawaï s’estime peu à peu pour donner à voir un univers attachant à défaut d’être paradisiaque, presque jamais filmé.
Paradoxalement, et malgré tout le bien que l’on pense de lui, Georges Clooney n’est pas l’élément fort du film: son rôle, lui, est extra, son jeu un peu moins mais son contre-emploi total. Ce qui peut suffire à courir voir le film.
Qu’importe la raison, mais The Descendants est assurément ce qui se fait de mieux, en ce début 2012.
avec Georges Clooney, Shailene Woodley, Amara Miller, Beau Bridges.
Dans une petite station balnéaire un peu ringarde de la côte picarde, une mère et sa fille ont loué un appartement pour passer une semaine de vacances. Dès leur premier séjour à la plage, elles se font brancher par des jeunes mecs du coin. La mère, la quarantaine sexy et séduisante, apprécie tandis que sa fille, adolescente évanescente mais apparemment plus mûre que sa mère, se méfie. Toute la semaine va se dérouler ainsi : la mère est quasiment prête à tout pour les bras d’un homme, sa fille reste plus discrète et plus exigeante. Sylvain, leur propriétaire, échangerait bien son quotidien pour partager quelques instants avec une femme. N’importe laquelle…
Un monde sans femmes, c’est d’abord et avant tout, l’incapacité d’un homme à partager l’amour. Le film (un moyen métrage) est d’ailleurs précédé d’un court-métrage, Le naufragé, bien meilleur, où l’un des personnages principaux interprété par le même Vincent Macaigne, joue le même rôle. Celui d’un homme mal dégrossi mais gentil, maladroit avec les femmes qui compense en bouffant, en jouant aux jeux vidéos… Mais, c’est aussi le désespoir d’une femme en permanence dans le registre de la séduction que consomme les hommes sans s’y attacher. Le constat est cruel, le film beaucoup moins. Sans la légèreté d’un Rohmer, il traite aussi de la ronde de l’amour sans pesanteur. On l’attend dans un prochain film sur la longueur… A noter: Vincent Macaigne, l’interprète des deux courts-métrages, vient de remporter le Grand prix du Festival International de Clermont-Ferrand, avec Ce qu’il restera de nous, dans un registre plus violent.
Avec Vincent Macaigne, Laure Calamy, Constance Rousseau, Laurent Papot