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get on up de tate
24 septembre 2014

get on up

Véronique LE BRIS / Mon blog black, chanteur, funk, gospel, James Brown, King of soul, Mick Jagger, musique, soul, Tate Taylor / 0 Comments

Say it loud

« La femme est la fierté de l’homme », balance entre deux répétitions,  le James Brown taillé ici par Tate Taylor, « mais elle ne doit jamais l’empêcher d’attendre son but ».

A man’s world

On ne saura donc rien de cette partie de la vie du fabuleux M Dynamite, lui qui fut traumatisé dans son enfance par l’abandon, à deux reprises, de sa mère adorée. Non, le propos de ce biopic sur James Brown, produit (sauvé ?) par Mick Jagger, n’est pas pour les fillettes. Mais pour qui alors ? Et ce n’est là qu’un des problèmes de ce film attendu.

get on up de tate

Le projet de cette biographie consacrée au « parrain de la soul » date de la fin des années 1990. Le producteur Brian Grazer (Un homme d’exception, Da Vinci Code…) en a l’idée après avoir traîné dans le milieu du hip-hop et rencontré Eminem pour 8 Mile. En 2000, il réunit une équipe de scénaristes mais la production du film est suspendue par la mort du chanteur, fin décembre 2006. Finalement, la fondation James Brown relance le projet aux côtés de Mick Jagger. Le script est enfin validé par tous et sa réalisation confiée à Tate Taylor, qui sort tout juste du succès de La couleur des sentiments (2013).

Le King of.. nothing! 

Une genèse aussi contrariée est rarement bon signe. Le film a toutes les chances d’être médiocre à force de compromis. C’est le cas ici mais ce n’est pas le pire de ses défauts. Si James Brown n’apparaît jamais sous son plus mauvais jour – ses relations avec les femmes ou avec ses enfants par exemple sont réduites à leur plus simple expression – , les partis pris scénaristiques pêchent bien moins que ceux de la mise en scène.

James Brown de l'époque des Famous Flames

Pour éviter de tomber dans le biopic classique, Tate Taylor eu l’idée de rompre avec la chronologie et de découper la vie de James Brown autour de moments musicaux, la plupart du temps des extraits de concerts. Son récit en devient incompréhensible : si on perçoit bien les traumatismes qui l’ont construits (abandon de sa mère, violence du père, extrême pauvreté…), on comprend mal à qui et à quoi il doit son ascension. Tout est mis sur un même plan.

Bigger than life

Du coup, on peine vraiment à percevoir ce qui fut déterminant pour lui : est-ce la découverte du gospel ? la pauvreté ? la concurrence ? l’audace ? la mauvaise foi ? son opportunisme ? Enfin, en quoi a-t-il eu une influence majeure sur l’évolution musicale ( il ne suffit pas de l’asséner, il faut le montrer !) ? . Et c’est sans compter les énormes « trous » de l’histoire.

James Brown en plein show

On ne sait jamais rien de la fabrication de ses tubes et les plus populaires (est-ce pour une question de droits ? ) comme Sex Machine ou A man’s man’s man’s world sont à peine suggérés. Sa mort elle-même et sa difficile succession – il a été enterré plus d’un an après sa mort – ne sont même pas mentionnés.

Funk you? 

A de rares exceptions près – le début du concert de Boston, la nuit de l’assassinat de Martin Luther King, la confrontation avec Jagger à l’Appolo Theater en 1962…-, le film sort de la confusion générale pour prendre (un peu) corps et mieux retomber ensuite. Rien à redire en revanche sur le casting : Chadwick Boseman fait le job comme il se doit et les autres sont à peu près à l’unisson.

James Brown

Au final, on ressort de 2h19 de film sans en savoir plus sur James Bond, ni même assister à une prestation scénique époustouflante, et encore moins avoir le sentiment de toucher, de saisir l’essence de ce personnage bigger than life.

De Tate Taylor, avec Chadwick Boseman, Dan Aykroyd, Viola Davis…

2014 – Etats-Unis – 2h19

M. Hublot de Laurent Witz et Alexandre Espigares
24 septembre 2014

Les fantastiques livres volants de M. Morris Lessmore

Véronique LE BRIS / Non classé art, créativité, dessin animé, Les fantastiques livres volants de M. Morris Lessmore, M. Hublot / 0 Comments

Dès 7 ans

Il est rare de pouvoir voir au cinéma les courts-métrages d’animation primés aux Oscars. C’est le cas ici pour deux des cinq films présentés dans ce programme de très haute tenue.

Oscarisés

Le premier, réalisé par les français Laurent Witz et Alexandre Espigares, a été récompensé en 2014. M. Hublot est un personnage banal, obsédé par l’ordre et le temps. Il recueille un chien robot chaleureux qui devient vite encombrant.

M. Hublot de Laurent Witz et Alexandre Espigares

Encore plus que l’histoire, très mignonne, l’univers graphique original, d’un modernisme nostalgique et étouffant, est remarquable.

Livres et peinture

Primé en 2012, Les fantastiques livres volants de M. Morris Lessmore, conte l’aventure poétique d’un amoureux des livres que sa passion transporte dans une bibliothèque magique où les lettres prennent vie. Là encore, l’univers graphique est soigné et varié, passant du noir et blanc à la couleur selon ce que vit Lessmore.

Dripped de Léo Verrier

Dripped (goutte-à-goutte) de Léo Verrier mérite une mention spéciale. Dessiné tel un tableau de Hopper, il raconte la passion dévorante d’un homme pour les tableaux de maîtres et l’émergence d’un grand peintre : Jackson Pollock.

Luminaris de Juan Pablo Zaramella

En complément, Le petit blond avec un mouton blanc qui revient sur l’enfance imaginative de Pierre Richard et l’étrange Luminaris, un film lumineux de pixilation (une technique qui combine acteurs, images réelles et animation) sur un employé qui fabrique des ampoules et a une idée de génie.

De Laurent Witz et Alexandre Espigares, Willima Joyce et Brandon Oldenburg, Léo Verrier, Eloi Henriod, Juan Pablo Zaramella

2012/2014 – France , Argentine, Etats-Unis – 0h50

En partenariat avec Grains de Sel

Bao et son grand-père
24 septembre 2014

Un été à Quchi

Véronique LE BRIS / Mon blog deuil, enfance, enfant, modernité, mort, parent, Taïpei, Taïwan, tradition, veuvage / 0 Comments

Délicate chronique d’enfance

Bao est en CM2 à Taïpei (Taïwan) et ses résultats scolaires laissent à désirer. Il faut dire que ses parents très occupés par leur travail envisagent de divorcer, que sa petite sœur Algue l’insupporte. Enfant taiseux, renfermé sur lui-même, il ne s’intéresse qu’aux jeux vidéo.

Purification

On l’envoie chez son grand-père veuf à la campagne pour l’été. Le premier contact est rude, les règles de vie trop strictes.

Bao et son grand-père

Il s’y résout et commence même à s’y plaire quand il intègre l’école du village où il est accueilli chaleureusement et quand il se lie d’amitié avec Mingchuan. Un bonheur de courte durée, car si la vie est plus douce à Quchi quà Taïpei, elle va aussi avec son lot de drames, de deuils.

Entre tradition et modernité

Film initiatique qui oppose la culture traditionnelle à la frénétique vie moderne des villes, « Un été à Quchi » est une chronique à la fois délicate et très dure de la vie d’un enfant asiatique aujourd’hui.

Un été à Quchi

Délaissés par leur famille proche, obnubilée par la performance économique, les jeunes chinois, taïwanais ou coréens ont grandi loin de leurs racines et des valeurs ancestrales, dans un confort acquis mais qui ne suffit pas à leur épanouissement. Une génération sacrifiée qui va nourrir pendant plusieurs décennies l’inspiration des cinéastes de leur pays. A suivre donc…

De Tso-Chi Chang avec yang liang-yu, Kuan Yun-lung, Yen Yun-heng…

2013 – Taïwan – 1h49

En partenariat avec Grains de Sel

Nounourse, sa mamie et sa cousine
24 septembre 2014

Coucou nous voilà !

Véronique LE BRIS / Non classé animation, animaux, apprentissage, court-métrage, Hippolyte Girardot, histoire, humour, Suède, vie quotidienne / 0 Comments

Dès 2 ans

« Coucou, c’est l’heure du film ! », prévient Hippolyte Girardot de sa voix chaleureuse, juste avant de nous présenter Nounourse, Le chat, Lapinou, Oiseau et Cochonou. Ce sont les cinq vedettes des huit courts-métrages qui vont suivre.

Coucou II

Mais, nous les connaissions déjà pour les avoir suivis dans Qui voilà ? On retrouve avec plaisir leur dessin sommaire et original, leur mise en scène simple dans un décor le plus minimaliste possible.

Nounourse, sa mamie et sa cousine

Ces cinq petits copains vont vivre huit moments classiques de la vie quotidienne : les courses au supermarché, l’après-midi chez mamie avec une cousine, s’habiller pour aller jouer dehors… Leur expérience va permettre aux tout-petits de s’identifier et de découvrir que leurs peurs, leurs pleurs, leur jalousie ou des situations décrites et partagées par tous.

Questions existentielles

Chaque petit film, dont le début comme la fin sont dûment signalés par le conteur, répond ainsi à une question que chacun s’est un jour posé : qui décide ? qui s’est perdu ? qui est mort ? La mamie de qui ? qui est le plus joli ? à qui est le pantalon ?

Lapinou, Cochonou et Oiseau

En évitant d’être moraliste et en restant toujours à hauteur d’enfants, ce programme très pédagogique d’origine suédoise permet aux plus jeunes de grandir tout en se distrayant.

De Jessica Lauren, avec la voix d’Hippolyte Girardot

2011 – Suède – 0h32

En partenariat avec Grains de Sel

https://youtu.be/lqLOLgs8ttw
17 septembre 2014

3 coeurs

Véronique LE BRIS / Films, Mon blog actrice, Amour, Benoît Jacquot, Benoît Poelvoorde, Catherine Deneuve., Chiara Mastroianni, cinéma français, femme / 0 Comments

Dans 3 coeurs, centré sur 3 femmes liées par le sang et un homme, Benoît Jacquot filme la passion comme une bombe à retardement. Tentant.

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Des éléphants pas comme les autres
17 septembre 2014

Drôles de créatures

Véronique LE BRIS / Non classé animaux, complémentaire, dessin animé, différence, enfant, monde, tout-petit / 0 Comments

Dès 3 ans

Des éléphants pas comme les autres

Différent ou complémentaire ? Voilà la question abordée par ce programme de 7 courts-métrages sans paroles, datant de 1960 à 2011, provenant de Pologne, Royaume-Uni, Israël, Canada, Russie, Allemagne et Bulgarie.

Un carnaval d’animaux

Quatre d’entre eux parlent d’animaux. Des éléphants rayés sont rejetés par leur troupeau ; un chien a réussi à attraper sa queue qui devient de plus en plus autonome ; une éléphante trouve sa trompe et ses oreilles trop grandes et se les fait réduire ; enfin, un chien est habité par un chat et ni l’un ni l’autre ne peuvent se faire des amis.

Le chien qui était copain avec sa queue

A chaque fois, les techniques animation sont différentes et créatives : une simple feuille de papier Canson crayonné pour le chien et sa queue, de très beaux papiers découpés et colorés pour les éléphants rayés, la ville de Paris dessiné en pop aplati pour le chien/chat…

Trait libre

Les trois autres films sont plus abstraits. Le premier raconte, dans un dessin au trait minimaliste, l’histoire d’un jeune fantôme qui a peur de tout. Celui de l’Ecole des ronds et des carrés, avec un graphisme très simple et très géométrique, parle de l’intégration d’un octogone violet dans une classe de figures bleues et rouges.

Le petit squelette

Notre préféré reste celui du squelette gentil, qui s’échappe de son cercueil pour découvrir la grande ville moderne, le tout avec des bruitages exceptionnels, des dessins aux couleurs simples et chaleureuses et un joli trait d’humour.

De Alina Maliszewska, Steven Roberts, Milena Klebanov, Taylor Annisette, Siri Melchior, Anton Dyakov, Milen Vitanov. 

1960/2012 – Pologne, Royaume-Uni, Israël, Canada, Russie, Allemagne/Bulgarie – 0h37

En partenariat avec Grains de Sel

Shirley (Stephanie Cummings) dans Morning sun (1954)
17 septembre 2014

Shirley – visions of reality

Véronique LE BRIS / Mon blog Edward Hopper, ennui, hommage, peintre américain, peinture, tableaux / 0 Comments

Un voyage dans la peinture d’Hopper

Donner vie aux peintures d’Edward Hopper et les lier en un film. Sur le papier, l’idée est passionnante, intrigante. Animer ses personnages statiques, saisis sur l’instant alors qu’on devine toujours qu’ils ont une vie avant et après le tableau, les relier dans une histoire, ancrée dans l’euphorisante Amérique des années 1930 à 1960 est une évidence. 

Une héroïne dans son temps

Gustav Deutsch, cinéaste expérimental, a ainsi sélectionné 13 tableaux d’Hopper, certains très célèbres. Il a choisi la plupart du temps des peintures représentant un personnage féminin – la muse d’Hopper était sa femme, Joséphine-.  

Shirley (Stephanie Cummings) dans Morning sun (1954)

Cette héroïne est ici toujours incarnée par Stéphanie Cumming, une danseuse à la maitrise des mouvements exemplaires. Le réalisateur a imaginé qu’elle était une actrice à la carrière chaotique, marié à un photoreporter, engagée et vigilante observatrice des trente années qu’elle traverse.

Un dispositif minutieux

La succession de tableaux reprend à la fois l’histoire des Etats-Unis, racontés par le biais d’un journal radiophonique, et le monologue intérieur de cette femme, qui analyse son époque, sa vie professionnelle et personnelle, en se prenant peu à peu sa place dans la peinture puis en la quittant. On regarde ainsi une succession de saynètes dans laquelle la jeune actrice parle des errances de son métier comme de ses incertitudes maritales, ou encore du chaos ambiant. 

La nuit au bureau (1940)

Il faut un temps d’adaptation avant de comprendre comment fonctionne ce dispositif. Notamment parce que le premier tableau choisi par Gustav Deutsch est un des plus énigmatiques. Dans Chair car (1965), Shirley prend place dans le compartiment d’un train, tourne son fauteuil et s’installe pour lire. Ainsi commence ce voyage inédit, envoûtant. Sa radicalité devient toutefois lassante sur la longueur, même si on ne peut qu’apprécier la minutie de la reproduction.

Copies conformes

Gustav Deutsch prétend que son film a demandé neuf ans de préparation, le temps de définir précisément une palette de couleur, de lumière, d’imaginer le fil conducteur de ce voyage, d’ajuster les cadrages… C’est vrai et très réussi, mais cette perfection extrême, cette démarche radicale méritent une attention d’une exigence qui dépasse celle d’une salle de cinéma. 

Sun on brownstons (1956)

Surtout, il faudrait pourvoir comparer avec le tableau, confronter notre interprétation avec la sienne. Mais ce qui reste troublant, et c’est instant unique où le film reproduit exactement le tableau, un moment furtif sur lequel Gustav Deutsch ne s’appesantit jamais et qui finit, donc, par valider l’entièreté de sa démarche. 

De Gustav Deutsch, avec Stephanie Cummins, Christoph Bac, Florentin Groll…

2013 – Autriche – 1h32

© Jerzy-Palacz

La petite taupe et le parapluie
17 septembre 2014

Le carnaval de la petite taupe

Véronique LE BRIS / Non classé animaux, carnaval, court-métrage, curiosité, dessin animé, taupe, Zdenek Miller / 0 Comments

Dès 3 ans

Et revoilà la si sympathique petite taupe dans cinq épisodes inédits datant de 1963 à 1976. Née sous la plume du peintre et illustrateur tchèque Zdenek Miler en 1957, récompensée dès son premier épisode au Festival de Venise, elle a parcouru plus d’une cinquantaine d’aventures et plus de 80 pays. Son réalisateur a signé sa dernière contribution en 2002, à l’âge de 81 ans !

T(r)aupe mignonne!

Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, la petite taupe porte les yeux d’un enfant sur le monde. Elle est drôle, amicale, très curieuse.

La petite taupe et le parapluie

Elle vit entourée d’une bande de joyeux animaux qu’elle croise soit dans la forêt où elle habite ou dans les jardins privés ou dans les parcs publics où elle déplace sa taupinière.

T(r)aupe curieuse! 

Un rien l’amuse et est matière à découverte : un parapluie, un tuyau d’arrosage, un masque de carnaval ou des lampions ou encore une sucette abandonnée sur un banc par des enfants  gourmands.

La petite taupe et la sucette

Surtout, la petite taupe a une haute conscience de la justice et malheur à tous ceux qui se seraient moquer d’elle ou de ses amis, comme l’apprendra le corbeau, voleur de sapin de Noël, ou les abeilles rieuses à leurs dépens.

T(r)aupe classique! 

Evoluant dans des décors simples, colorés et agréables, la petite taupe, adorable avec ses trois poils sur la tête et ses yeux si expressifs, reste une incontournable découverte pour les plus petits.

De Zdenek Miler

1963/1976 – République Tchèque – 0h40

En partenariat avec Grains de Sel

Gemma Arterton, Fabrice Luchini et Flaubert
10 septembre 2014

Gemma Bovery

Véronique LE BRIS / Mon blog Amour, Anne Fontaine, boulangerie, Fabrice Luchini, Flaubert, Gemma Arterton, Gemma Bovery, Normandie / 0 Comments

La vie d’une autre

Il y a sept ans que Martin (Fabrice Luchini), ex-critique littéraire, a délaissé Paris pour reprendre la boulangerie de son village d’origine, en Normandie. Sa vie s’écoule au rythme de son pétrin quand de nouveaux voisins viennent s’installer en face de chez lui. Une histoire banale si ces nouveaux venus n’avaient pour nom Gemma et Charles Bovery…

Amoureux d’une héroïne

Le point de départ de ce film littéraire est un roman graphique anglais de Posy Simmonds qu’Anne Fontaine a choisi d’adapter. Une BD caustique qui se moque des néo-ruraux, des yuppies anglais et de la culture romanesque. 

Gemma Arterton, Fabrice Luchini et Flaubert

Martin tombe immédiatement amoureux de Gemma. Ou plutôt de l’idée qu’il se fait de Gemma, ce double contemporain d’Emma Bovary, dont il dessine le destin en suivant pas à pas le livre de Gustave Flaubert. Cet amour par procuration est à la fois l’événement et la douleur de sa vie. Il devient même son obsession et un dessein qu’il entreprend de modeler comme ses miches (de pain). 

Rêver sa vie

Gemma (Gemma Arterton, à la sensualité torride), elle, n’a pas lu Flaubert et entend bien vivre sa vie comme elle en a envie. L’amour de son mari Charles (Jason Flemyng) ne lui suffira bientôt plus et c’est avec délice qu’elle va se glisser dans une relation adultère avec le châtelain du village, le jeune bellâtre Hervé de Bressigny (Niels Schneider), sans parvenir à oublier ni son ennui, ni ses déceptions. 

Niels Schneider et Gemma Arterton

Oublions tout de suite la fin grotesque, et la toute fin, virgule amusante, de ce film ambitieux mais pas totalement réussi. La trame narrative, bien qu’originale, souffre de pas de côté contemporains qui alourdissent le propos. Par exemple, les personnages caricaturaux d’Elsa Zylberstein et de son mari gonflent artificiellement cette critique de ses nouveaux snobs venus envahir à grand renforts de fric et de mauvais goût l’authenticité des campagnes. De plus, la manière dont Anne Fontaine se débarrasse de son héroïne, n’a aucune finesse, un peu comme la musique pesante qui sur-signifie l’époque contemporaine de manière choquante. . 

Luchini, sur mesure

En revanche, le casting est formidable: le rôle était incontestablement taillé pour Fabrice Luchini, qui parvient la plupart du temps à contrôler ses pulsions démonstratives pour un peu plus d’émotion. La scène où il se déclare en metteur en scène de la vie d’Emma, au marché, est à cet égard savoureuse, comme celle où il lui apprend à pétrir le pain. Emma Arterton, débordante d’une sensualité naturelle, est merveilleuse, appétissante, enjôleuse à souhait en partie grâce son très joli accent anglais.

Fabrice Luchini et Emma Arterton

L’autre intérêt du film tient à ce qu’il est avant tout une comédie romantique, platonique, un amour non consommé mais d’autant plus ardent. Un genre où Anne Fontaine est désormais plus à l’aise que dans la parodie dont elle étaye, parfois et souvent à contretemps, son propos. 

D’Anne Fontaine, avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng, Isabelle Candelier, Niels Schneider…

2014 – France – 1h39

Avi Shnaidman (Yoav)
10 septembre 2014

L’institutrice

Véronique LE BRIS / Mon blog enfant, institutrice, Israël, liberté rentabilité, poème, poésie / 0 Comments

La poésie, un art extrême

Nira est institutrice. Elle enseigne en maternelle depuis plusieurs années et ses méthodes n’ont jamais dérogé à la règle. Mais, quand elle décèle chez Yoav, un petit garçon de 5 ans, un talent inné pour la poésie, elle est littéralement fascinée. Persuadée d’être investie d’une mission que personne ne lui a pourtant confiée, elle est prête à tout pour révéler à tous le génie pur de cet enfant.

Révélations

L’institutrice est l’histoire d’une folie ordinaire, celle qui gagne quand l’ennui a triomphé de l’excitation de la vie. Nira n’est pas folle, loin de là. Elle essaie surtout de redonner du piment à son existence un peu morne – un vieux mari, des enfants devenus autonomes…-. D’ailleurs, elle participe elle-même à des ateliers de poésie et se confronte à chaque fois aux limites de son inspiration, de son talent.

Avi Shnaidman (Yoav)

Quand elle entend Yoav déclamer ses vers libres, spontanément, elle est subjuguée, révélée. Pour elle, Yoav est un génie incompris, notamment pour son père qui s’oppose farouchement aux conseils de l’institutrice. Elle n’en tiendra pas compte…

Poésie dans un monde de brutes

Faire aujourd’hui un film ayant pour thème principal la poésie est vraiment gonflé. Comment intéresser en image à partir d’un sujet considéré comme aussi superfétatoire et en rupture total avec la recherche effrénée de rentabilité à outrance ? Voilà justement le propos de ce jeune cinéaste israélien qui en profite pour imposer une caméra sereine, simple, et à juste distance de ses deux protagonistes : une institutrice ultra, libre de ses convictions et un enfant charmeur et déjà manipulateur.

Sarit Larry (Nira) et Avi Shnaidman (Yoav)dans la cour de l'école

Pourtant, son propos, aérien, perd de sa puissance en devenant irrationnel. Et la confrontation entre la fausse naïveté de l’enfant et la liberté que s’autorise l’institutrice, investie d’une mission absolue, prend un envol extrême inattendu et inconcevable qui, du coup, annihile la légèreté qui avait prédominé jusqu’alors. Ce film, le second du réalisateur, était présenté en séance spéciale à la Semaine de la Critique, en mai 2014. 

De Nadav Lapid, avec Sarit Larry, Avi Shnaidman, Lior Raz…

2014 – Israël – 2h

«‹ 88 89 90 91›»

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