Ils ont entre 11 et 14 ans et viennent d’Egypte, du Sénégal, de Serbie, de Chine, du Chili, d’Ukraine ou d’Irlande. Ils se retrouvent dans une classe d’accueil d’un collège de Paris pour apprendre à mieux maîtriser le français avant de partir suivre un cursus scolaire plus classique. Ils rêvent d’être chanteuse, médecin, violoncelliste… mais doivent dépasser la barrière de la langue française pour y parvenir.
Prendre sa place
Julie Bertuccelli a posé sa caméra pendant une année scolaire dans cette classe, suivant les progrès des uns, les déceptions des autres. En se concentrant sur une dizaine d’entre eux, elle met l’accent sur ce qu’être un immigré veut dire.
Souvent ballotés pour des raisons qui leur échappent (histoire d’amour, pression économique ou politique etc..), ces adolescents n’arrivent jamais en France par plaisir mais ils doivent y prendre leur place, en étant le relais de leurs parents souvent non-francophones. Un changement brutal de leur vie qu’ils perçoivent encore comme une chance.
Enfants-valises
Sans être mièvre, ce film, parfois émouvant, envoie un message positif sur ce brassage culturel et sur l’accueil de nos écoles. Bien plus qu’ « Enfants-Valises », le film de Xavier de Lauzanne sorti en septembre 2013, qui avait justement la vertu d’être plus relatif et donc plus réaliste.
De Julie Bertuccelli, avec Abir Gares, Andréa Drazic, Keassa Keita, Oksana Denys…
Qu’est-ce qu’un réalisateur de 70 ans passés a-t-il à dire sur la jeunesse d’aujourd’hui ? Que chaque âge a ses charmes mais aussi ses problèmes et qu’il est toujours bon de s’ouvrir aux autres pour grandir, s’améliorer, s’enrichir. Voilà en substance le message plutôt sage que Bernardo Bertolucci livre ici, avec une humilité bienvenue.
Duel fraternel
Dans ce qu’on pourrait qualifier un petit film, tant il est habitué aux grosses productions internationales, Bertolucci convie deux jeunes acteurs à un duo/duel plutôt inédit.
Lorenzo, 14 ans, est un adolescent étrange, peu sociable, introverti. Alors que ses camarades d’école partent en classe de neige, il organise sa retraite au fond de la cave de son immeuble : il a pensé à tout, à sa nourriture, à ses jeux, à sa survie…. Sauf à sa demie-sœur qui, par surprise, vient un jour chercher des affaires. Fugueuse, sans attaches, droguée, bannie de la fratrie, elle profite de la présence de ce frère qu’elle connaît mal pour se réfugier dans la cave. Au contact l’un de l’autre, ils vont finir par s’ouvrir, par s’affirmer, par grandir et par se découvrir une complicité surprenante.
Ce film est un peu un défi, un quasi huis-clos dans un souterrain vaste et confortable, une scène unique où de nouveaux liens familiaux vont se nouer. On étouffe dans ce lieu plutôt glauque, mais pas seulement, on s’y évade aussi, et son confinement offre une lecture de l’intime profonde, inattendue.
Exclus
En mettant en scène deux exclus volontaires du puissant modèle familial italien (bien plus uniforme et conformiste que le français), Bertolucci offre une lecture intéressante, inhabituelle de la jeunesse actuelle. Une jeunesse gâtée, apparemment sans problème financier ni de reconnaissance sociale, mais complètement perdue dans ses choix affectifs, incapables de prioriser ses désirs, de hiérarchiser ses souffrances et donc de se débattre hors du cocon protecteur.
Il choisit pour cela de confier leurs rôles à deux inconnus au physique hors norme, assumant ainsi un choix radical qui donne encore plus de force à la désillusion qu’il filme sans la juger.
De Bernardo Bertolucci, avec Jacopo Olmo Antinori, Tea Falco
Madem, 17 ans, est en vacances avec son père, son jeune frère, ses cousins et cousines dans la maison familiale de l’ïle de Ré. Elle est adolescente, très mystérieuse et son père, sans être vraiment maladroit, n’arrive plus à communiquer avec elle. Repliée sur elle-même, elle passe son temps à scruter la boîte à lettres.
Grandir
Madem a un secret qu’elle partage parfois avec son jeune cousin Vadim : elle entretient une correspondance intime avec un prisonnier qui a le double de son âge et qui est justement détenu à St Martin de Ré. Autant les paroles de son père ne lui seront d’aucun recours, autant la vitalité de la cette fratrie sera un soutien bienvenu.
Pour son premier film, la réalisatrice Shalimar Preuss opte pour une sorte de huis-clos familial, assez silencieux mais parvient à filmer aussi bien l’ennui, la pesanteur des vacances, la difficulté de communiquer avec des adolescents que la joie de se retrouver entre cousins et l’énergie qui en ressort. Ses choix de mise en scène (en caméra portée et subjective) qui la pousse à filmer souvent ses personnages de dos sont contestables mais elle possède a un véritable don pour montrer la nature et la mer, écrasées par le soleil de l’été. Prometteur.
Avec Lou Aziosmanoff, jocelyn Lagarrigue, Nine Aziosmanoff, Manon Aziosmanoff
Weird ! Mais comment apprendre en vivre en marge du monde ? C’est le propos d’ « Electric Children », le premier film de la jeune américaine, Rebecca Thomas, qui s’est un peu inspirée de son histoire personnelle pour le réaliser.
Plongée mormone
Comme son héroïne, Rebecca a grandi dans une communauté mormone, du côté de Las Vegas et fréquenté dans son enfance dez fondamentalistes (ce qui n’est pas son cas). Normal donc que l’histoire proprement hallucinante de Rachel lui parle.
Le jour de ses 15 ans, Rachel, donc, une jeune mormone annonce à ses parents et à sa communauté de stricte obédience qu’elle est enceinte… et que c’est une cassette interdite de rock qui a provoqué cette grosesse. On décide donc de la marier. Elle s’enfuit à Vegas, à la recherche du groupe de rock de la cassette. Et c’est une autre facette de la vie qu’elle va découvrir…
Complètement hors du temps et hors des normes, ce petit film un peu bancal, un brin trop naïf pour sembler honnête parle d’une éducation d’un autre âge pourtant encore en vogue aux Etats-Unis. Sans la condamner puisqu’on peut finalement y échapper. Sans doute faut-il avoir l’innocence de l’adolescence pour y adhérer vraiment et être sensible à l’irrationalité de la religion pour s’en persuader. Car, sinon, la quête de Rachel semble désincarnée. Reste alors la confrontation de deux mondes, le mormon, et Las Vegas, un contraste dont on ne se lasse pas.
Avec Julia Garner, Rory Culkin, Liam Aiken, Bill Sage…
Clip n’est pas un film aimable. C’est même le genre de films, de sujets surtout qu’on aimerait bien éviter. Pas romantique pour un sou, pas émouvant non plus. Il est brutal. Et pourtant, il est nettement plus riche d’enseignements que n’importe quel reportage, témoignage sur les adolescentes aujourd’hui. Clip se passe dans une banlieue sans âme de Belgrade et suit le quotidien de Jasna, une jolie adolescente de 16 ans. Entre les cours au lycée qui l’intéressent plus ou moins et qu’elle sèche volontiers, sa bande de copines, Djole, le mec dont elle tombe follement amoureuse et sa famille qu’elle rudoie volontiers et avec qui elle ne fait pas l’effort de communiquer. Car Jasna est avant tout préoccupée par elle-même, par les fêtes à venir, les fringues à choisir pour y aller et Djole qu’elle veut séduire à tout prix. Tellement qu’elle passe le temps à se photographier et à se filmer avec son portable, sous toutes les coutures.
L’image a tout pris
Comme le film n’est pas parfaitement réalisé, il est très facile à démolir. A tort. Il mérite amplement que l’on s’attarde sur ce qu’il montre et sur ce qu’il dit d’une génération constamment happée par l’image et qui tente de se conformer à ce qu’elle voit, sans aucun recul.
La démarche de la réalisatrice, Maja Milos, une jeune bulgare qui signe ici son premier long métrage, est à saluer. Elle est partie des vidéos postées sur le net par les jeunes filles pour monter son projet : des petits films qui vont de soirées sauvages, de leurs longs préparatifs (le choix des fringues, les faux bons conseils des copines…), aux sextapes ou aux plaisanteries potaches pendant les cours.
Et c’est à partir de ce matériau qu’elle a bâti son projet, construit l’histoire de Jasna, prête à tout pour séduire Djole, sans tabou, sans auto-censure, éduquée qu’elle est à la sexualité par la pornographie du net. Comme si le flirt, à l’époque du 2.0, n’avait plus court et qu’il fallait de suite sortir l’artillerie lourde pour que ce garçon, à peine plus âgé qu’elle, daigne la remarquer et l’aimer au moins un peu. Les émotions ne se véhiculent plus par les mots, ni par les baisers mais par une sorte d’audace sexuelle, de performance qui est plutôt choquante. Pour nous, en tout cas.
Ne pas juger
Il serait facile d’en conclure vite fait que Jasna est un peu idiote, une sorte de pauvre fille soumise à son désir et à celui de Djole, et que lui, est un mec indélicat. Ce n’est pas du tout le cas. Ce sont des adolescents moyens, ni brillants, ni stupides, qui vivent comme vit leur génération sans se poser de questions. Leurs sentiments les rattrapent et ils s’en arrangent comme ils peuvent, elle tombe amoureuse et fait tout pour qu’il la remarque, il se résoud à être séduit et devient jaloux, preuve qu’il l’aime donc au moins un peu. Leurs manières » sont rustres (normal, ils n’ont que 16 ans), peut-être pas les bonnes, mais qui peut en juger ?
Evidemment, on meurt d’envie de savoir si ces nouvelles méthodes, ces nouvelles tendances des premières amours laisseront des traces. Sur eux, sur les générations à venir qui mettront la performance encore plus haut ou sur ceux, qui trop timides, trop inhibés, sont incapables de jouer ce jeu-là. Impossible à savoir, mais espérons que Maja Milos suivra ces personnages, comme nous suivrons ses prochains travaux.
Avec Isidora Simijonovic, Vukasin Jasnic, Sanja Mikitisin, Jovo Maksic…
2012 – Serbie – 1h42
Interdit aux moins de 16 ans avec avertissement (scènes de sexe crues)
Ce qui peut passer par la tête d’un adolescent échappe parfois à toute rationalité. Et même à toute réalité. Quand Xavier apprend que son petit frère Jacques va être scolarisé dans une école « spécialisée » (il ne sait pas en quoi, ni laquelle et on ne le saura jamais), son sang ne fait qu’un tour. Jamais, il ne laissera faire une telle infamie, il ne le laissera subir un tel affront.
Sans plus d’explications, sans poser aucune question, il part en rébellion contre ce qui lui reste de famille (contre son père violent en particulier) quitte à en payer le prix fort. Les dernières vacances d’été que les deux frères vont passer ensemble seront la preuve ultime de leur fraternité et la plus cruelle séparation.
C’est un film dur, « sec comme un coup de trique », revendique son réalisateur Gilles Martinerie. Un premier long métrage qu’il a voulu à la fois sombre et solaire. Solaire, parce qu’il se passe entièrement dans une belle campagne luxuriante, sur le plateau des Millevaches, sombre parce que ce que traverseront ces deux adolescents est atroce. Mais, ce que le film dit de l’entêtement jusqu’à l’absurde d’un adolescent, du fait que sa famille ne l’entende jamais et refuse de communiquer avec lui est si juste qu’il aura peut-être la vertu de délier des langues. Ce qui serait déjà extraordinaire.
De Gilles Martinerie, avec Quentin Grosset, Paul François, Francis Renaud, Joséphine Derenne
Trois films sont produits en Bosnie, les années les plus fastes. En voici, une rareté donc, bon, très bon même. Djeca, enfants de Sarajevo raconte le quotidien d’une jeune femme, Rahima, 23 ans, qui a la charge de son petit frère, Nedim, 14 ans. Tous deux ont perdu leurs parents durant la guerre et ils doivent s’assumer seuls, comme ils peuvent.
Pour gagner leur vie, Rahima travaille dans un restaurant où l’ambiance est aussi explosive qu’affectueuse. Le jour où son frère, en pleine crise d’adolescence, se bat avec le fils d’un ministre à l’école, leur fragile équilibre familial menace de basculer.
Chronique intime
En filmant au plus près son héroïne, en adoptant son point de vue, la réalisatrice Aida Begic, à qui l’on doit déjà le très remarqué Premières neiges, prend le parti d’un film singulier, intimiste et à la dynamique calquée sur l’énergie inépuisable de son héroïne.
Elle revient de loin Rahima : une enfance durant la guerre, un séjour à l’orphelinat puis une adolescence rebelle, difficile, sans doute un peu (beaucoup ?) junky… Elle a vécu l’enfer et a dû batailler pour trouver sa place dans la société. La religion (elle porte le voile) l’a sans aucun doute aidée. Bref, elle sait de quoi elle parle et cherche à tout prix à protéger son petit frère de cette pente dangereuse. A l’énergie, à la volonté, bravant tous les entraves qui se retrouvent sur leur route, elle leur trace à un destin dont elle a de quoi être fière, même si ce n’est jamais ce qui la motive.
Ce portrait tout en finesse reste un témoignage puissant de la vie aujourd’hui à Sarajevo, près de 20 ans après le siège de la ville et mérite amplement la mention spéciale que le film a obtenu dans la sélection Un certain regard lors du Festival de Cannes 2012.
Pour appréhender par elle-même le conflit israélo-palestinien, une adolescente de Jérusalem envoie une bouteille à la mer de Gaza. Un jeune homme lui répond et lui explique…
Soit une famille américaine parfaite. Soudée mais pas trop, compréhensive avec ses enfants mais leur donnant des repères, ouverte à la communication et à l’écoute. Au regard du casting génial des parents (Catherine Keener et Clive Owen), on n’en attendant pas tant. Et quand la cadette reçoit un ordinateur pour ses 14 ans, qu’elle commence à entretenir une relation à distance avec un homme, d’abord jeune, mais de moins en moins au fur et à mesure qu’il se dévoile, la famille fait confiance. Avant de découvrir le pire.
Toujours en phase avec l’évolution de la société, le cinéma américain sait s’accaparer des sujets qui font mouche. Celui des dangers d’internet, de ses proies privilégiées que sont les jeunes, est bien vu et finalement assez justement traité. Adapté d’une pièce de théâtre qu’il a lui même créée avec sa compagnie, David Schwimmer, le Dr.Ross Geller de Friends, a surtout l’audace d’aller jusqu’au bout de son idée et des dangers qu’il dénonce. Dommage pourtant qu’avec son casting 5 étoiles, il ne parvienne pas à échapper à la caricature, notamment en faisant jouer au père une sorte de vengeur primaire qui dénote avec le début du film et le jeu de Clive Owen. Au lieu de la pépite espérée, il signe un objet conventionnel, attendu, presque banal pour dénoncer des actes délictueux qui auraient mérité plus d’engagement, plus de passion, plus de débat.
Avec Clive Owen, Catherine Keener, Liana Liberato, Jason Clarke, Noah Emmerich, Viola Davis.
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