The substance

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Avec The Substance, Coralie Fargeat fait de la quête de l’éternelle jeunesse une surenchère gore sans limite. Jouissif mais pas très féministe. En lice pour la Palme d’or.

Body gore féminin   

Pourquoi va-t-on au cinéma ? Pour voir/vivre ce qu’on ne peut pas vivre dans la vie, répond Coralie Fargeat avec The Substance, un body horror puissance 1000. Le sujet est éternel, surtout quand il s’agit des femmes, puisque le film traite de la peur de vieillir. Et l’angoisse est encore plus forte aux Etats-Unis et dans les métiers de l’image. Au lieu d’en faire un énieme sujet psychologique ou sociologique, la réalisatrice prend le parti de l’horreur, de l’hyper gore. Et si certaines scènes sont à la limite du soutenable, elle s’en sort justement grâce à l’outrance et une bonne dose d’humour.

The substance de Coralie Fargeat - Cine-Woman
Elizabeth (Demi Moore)

Le thème de l’histoire n’a rien de très original, même si le récit l’est plus. Elizabeth Sparkle, une vedette de la télé qui donne un cour de gym dans le style de ce que faisait Jane Fonda dans les années 1980 et interprétée par Demi Moore, est brutalement virée le jour de ses 50 ans. Elle ne le supporte pas. Comme elle cumule, elle a ce jour-là un accident de voiture. Et là franchement, personne n’a jamais filmé un accident avec autant de violence ressentie, de manière aussi spectaculaire et amplifiée par la musique à donf-. Elle ressort de l’hôpital miraculeusement indemne et avec le contact confidentiel de The Substance

Soi en mieux

The Substance lui propose d’être une meilleure version d’elle-même créée à partir de son propre ADN. Un double qui n’en est pas un, disons plutôt un dédoublement d’elle-même en plus jeune. Elle fonce évidemment et donne naissance à un clone d’elle-même, plus jeune donc plus désirable (selon les critères de la télé). La jeune version d’elle-même reprend l’émission de gym qui devient un carton d’audience.

The substance de Coralie Fargeat - Cine-Woman
Sue (Margaret Qualley)

Mais évidemment, The Substance a un prix. Pour se régénérer, la version jeune (Sue, Margaret Qualley) doit une semaine sur 2 se mettre en sommeil et céder sa place à la version plus âgée d’elle-même qui bien sûr ne le supporte pas. Elizabeth outrepasse les doses et dérègle complètement le processus. Elle vieillit plus vite que son ombre qui n’a plus l’énergie suffisante pour continuer à exister.

Un filmage outrancier

Et c’est là que le body gore s’affirme le plus. Si Elizabeth accouche de son dédoublement par le dos, lui laissant ainsi une énorme cicatrice dorsale, sa dégénérescence accélérée est encore plus spectaculaire. D’autant que Coralie Fargeat abuse de très très gros plans pour filmer ses mutations corporelles – un iris d’oeil peut prendre tout l’écran! -. Evidemment, ca accentue le ressenti et les effets, et cette partie-là est plutôt très maitrisée et très réussie.

The substance de Coralie Fargeat - Cine-Woman
Les deux versions d’Elizabeth/Sue

L’introduction du film est elle aussi bien menée. Le principe de The Substance est expliqué très simplement à partir d’un jaune d’oeuf qui se dédouble tandis que l’invisibilisation à venir d’Elizabeth Sparkle est signifiée par l’étoile à son nom sur Hollywood Boulevard. C’est malin, visuel, et cela ne nécessite aucun dialogue superflu. Le film est d’ailleurs bien plus visuel que dialogué, ce qui est aussi une bonne nouvelle.

Un film peu féministe

L’humour qui vient souvent de l’outrance sans aucune limite est aussi un des points forts de Coralie Fargeat. Elle y va et à fond. Le final dans une surenchère d’hémoglobine est particulièrement spectaculaire même si trop long donc complaisant. En revanche, la manière dont la réalisatrice filme ses actrices est déroutante. Elle insiste constamment sur leurs formes, leurs entrejambes, leur cul avec un male gaze tellement puissant qu’il finit par être dérangeant.

Screenshot

Le féminisme de Coralie Fargeat ne s’exprime donc ni dans le sujet de son film, ni dans son filmage, mais seulement dans la manière dont elle s’impose, elle, comme une réalisatrice de films de genre. Un peu à la Julia Ducournau et de son Titane dont elle serait une descendante légitime. A quand un vrai film de genre réalisé par une femme qui bouscule vraiment le patriarcat sans se limiter à singer les stéréotypes sur les femmes ?

De Coralie Fargeat, avec Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Quaid…
2024 – Royaume-Uni/Etats-Unis/France- 2h20

The substance de Coralie Fargeat est en compétition officielle du 77e Festival de Cannes et donc en lice pour la Palme d’or. Sa date de sortie dans les salles françaises n’est pas encore connue.

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