Numéro Une

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Enfin! Enfin un film sur l’accession au pouvoir des femmes dans l’entreprise et les difficultés qu’elles rencontrent pour y parvenir. Et Tonie Marshall, la réalisatrice de Numéro Une, reconnaît qu’elle est en deçà de la réalité. 

Plafond de verre

Les lois sur la parité, les amendes, les diplômes, les statistiques favorables sur leur meilleure gestion des entreprises et des services… Rien n’y fait. En France, les femmes même les plus compétentes, même les plus stratégiques, mêmes les plus performantes sont toutes, un jour ou l’autre, confrontées au plafond de verre. Cette barrière invisible qui les empêche d’accéder aux sommets ou de gravir les échelons dans le milieu professionnel, au seul motif qu’elles sont des femmes.  

Numero Une de Tony Marshall - Cine-Woman
Anne Azoulay (Claire Dormoy), Francine Bergé (Adrienne Postel-Devaux) et Suzanne Clément (Véra Jacob), les femmes du réseau Olympe

Dans Numéro Une, le réseau féminin Olympe a décidé de prendre les choses en main. À la faveur du poste vacant du dirigeant d’une grande entreprise du CAC 40, ce lobby choisit d’y hisser sa candidate, Emmanuelle Blachey. Cette jeune femme fait des prouesses dans une entreprise concurrente de ce secteur de l’énergie : elle parvient même à convaincre des Chinois d’acheter de la technologie française ! Elle est brillante, intelligente, stratégique… Mais le mieux que lui propose sa société actuelle, c’est d’attendre son tour. S’il arrive ! 

Numéro Une, s’autoriser à y arriver

Au début, Emmanuelle Blachey est réticente. D’ailleurs, le sexisme, le plafond de verre, elle qui est au Comité Exécutif de sa société et à la tête d’une division qui performe, elle ne s’en préoccupe guère. Comme si cela ne la concernait pas, pas de près.  

Numero Une de Tony Marshall - Cine-Woman
Emmanuelle Devos  (Emmanuelle Blachey) cernée au Comex

Mais, elle commence à ouvrir les yeux, les oreilles et à percevoir qu’elle est cernée. Un abruti lui envoie des messages sexuels sur son téléphone, ses collègues minimisent ses prouesses… Mais surtout, les réseaux masculins qui ont aussi leur candidat pour ce poste, se déchaînent pour l’écarter. Et tous les moyens sont bons. 

Enfin, un film sur le sujet

Le film de Tonie Marshall est exemplaire. D’abord, parce qu’il est le premier à s’emparer du sujet. Elle le fait avec une précision d’écriture des scènes, des dialogues absolument remarquables. Tout est judicieux et chaque scène est importante, éloquente. Avec pertinence, elle y décrit toutes les formes du machisme : le geste paternaliste d’un patron qui tapote la cuisse de son employée brillante pour la féliciter, la brutalité vengeresse d’un chef de réseau humilié, les coucheries, les allusions salaces, les moqueries, le chantage etc.  

Numero Une de Tony Marshall - Cine-Woman
Emmanuelle Devos (Emmanuelle Blachey) ou la solitude du pouvoir

Tout est parfaitement décrit, montré, détaillé. Par le menu mais sans que cela ne soit jamais démonstratif. Et surtout sans cynisme. Même les hésitations de son héroïne. Au début, Emmanuelle Blachey n’y pense même pas. Non pas qu’elle n’en soit pas capable. Mais elle a foi en son patron, en sa réussite. Elle imagine aussi qu’elle doit avoir quelque chose à proposer pour accéder à un tel poste. Un projet puisque ce ne sont sûrement pas les attributs habituels du pouvoir masculin (la puissance et l’argent) qui la motivent. 

Les hommes aussi ont à y gagner

Tonie Marshall a choisi de placer Numéro Une dans une temporalité réelle : l’année qui se déroule entre deux Women’s forum, ces réunions qui invitent des femmes à partager leur expérience et la réussite de leur carrière entre elles. Et c’est bien une des limites auquel ce film, bien réalisé, parfaitement mis en scène et interprété devra échapper.

Numero Une de Tony Marshall - Cine-Woman
Benjamin Biolay (Marc Ronsin) et Richard Berry (Jean Baumel)

Pour que cela change, il faut que les hommes en prennent conscience. En allant voir ce film précisément. Il faut qu’ils sortent de leur déni et comprennent qu’eux aussi ont à gagner à vivre dans une société plus égalitaire. La manière dont Tonie Marshall les traite devrait les inciter. A voir ce que certains sont capables de faire – la réalisatrice dit que les femmes de ces entreprises qui l’ont aidée à écrire son scénario disent qu’il reste très en deça de la réalité – , ils prendront aisément conscience de ce que subissent leurs mères, leurs femmes, leurs filles… ou leurs collègues.

L’égalité homme/femme en question

Et si l’argument du sujet et de son traitement judicieux, plein de suspense ne suffit pas, alors sachez qu’Emmanuelle Devos y est excellente. Autant dans les scènes privées où se déploient la complexité et l’histoire intime de son personnage, qu’au bureau ou sur une plate-forme pétrolière. Et que tout le casting – Benjamin Biolay, Richard Berry, Suzanne Clément, Samy Frey… – est au diapason.

Numero Une de Tony Marshall - Cine-Woman
Samy Frey (Henri Blachey, le père) et Emmanuelle Devos (Emmanuelle Blachey, sa fille)

Sachez aussi que vous n’y échapperez pas ! Le gouvernement va annoncer très prochainement la grande cause de son quinquennat : l‘égalité homme-femme dans la société française. Une autre manière de dire que les inégalités sont trop flagrantes et qu’à trop les ignorer, on créée de l’exaspération, voire de la colère. Bref, du danger.

De Tonie Marshall, avec Emmanuelle Devos, Richard Berry, Benjamin Biolay, Suzanne Clément, Francine Bergé, Anne Azoulay, Jérôme Deschamps….

2017 – France – 1h50

Lire aussi l’interview de Tonie Marshall.

© Joris Rossi-Marcel Hartmann- Tabo-tabo-films

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