Les Tops 5 d’Hafsia Herzi
La petite Dernière, son troisième long métrage, confirme le talent de cinéaste d’Hafsia Herzi. Primé au 78e Festival de Cannes, ce film audacieux lui permet de remporter le Prix Alice Guy 2026. Une occasion en or de lui demander les réalisatrices et actrices qui ont compté pour elle.
Les choix d’Hafsia Herzi
Les femmes et le 7ème art, c’est une longue histoire mal connue. Pour l’honorer, Cine-Woman demande à tou.te.s les 5 films de femmes et les 5 rôles féminins qui les ont marqué.e.s. C’est au tour d’Hafsia Herzi de nous confier ses listes.
Titanic est le premier film qu’elle a vu sur grand écran lorsqu’elle avait dix ans. Dans un multiplexe sur la Canebière qui a fermé depuis. Pourtant, Hafsia Herzi a prétendu dès son plus jeune âge qu’elle ferait du cinéma. « J’étais une enfant rêveuse. J’aimais la lecture, les histoires, écrire. Je jouais « à faire des scènes » avec mes copines. J’aimais observer, et Marseille est un grand théâtre peuplé de vrais personnages. Finalement, j’ai d’abord eu envie d’être réalisatrice », remarque-t-elle.

L’année de son bac, après avoir fait deux « figus », une directrice de casting lui propose de participer à celui de La graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche. « Je n’avais rien à perdre, j’y suis allée sans stress », se souvient-elle. J’ai appris à devenir actrice sur le tas ». Avec l’argent gagné, elle s’installe à Paris, prend un agent et tourne deux autres films avant même la sortie du premier qui lui vaudra le prix Marcello Mastroianni à la Mostra de Venise et le César du meilleur espoir féminin. « J’avais envie que ça marche », avoue-t-elle.
L’humain avant tout
Pour autant, elle opte pour le chemin escarpé d’un cinéma exigeant, moins rémunérateur que les films commerciaux. « Je voulais continuer à apprendre et j’étais prête à certains sacrifices pour cela, précise Hafsia Herzi. Je n’ai jamais regretté mon choix. Alors que j’ai regretté d’avoir consacré du temps à des gens qui m’ont déçue. Les rapports humains sont primordiaux pour moi. J’ai besoin d’aimer les personnes humainement et artistiquement pour les filmer ».

Elle qui se décrit comme patiente, évitant les conflits, décide de ne pas réaliser un deuxième court métrage, après Le Rodba. « J’avais dépensé tellement d’énergie que je préférais tourner un long en peu de temps et avec peu de gens », se souvient-elle. Au départ, elle pense à Bonne Mère dont le scénario est bouclé. Mais le sujet ne convainc pas. « Un matin, je me suis réveillée en me disant qu’il fallait vraiment que je filme. J’avais écrit le scénario de Tu mérites un amour sans avoir l’intention d’interpréter le rôle principal. Nous étions en plein mois d’août à Paris. J’ai réuni quelques amis pour cinq jours de tournage à Belleville où j’habitais. Je marche beaucoup à l’instinct, à la passion et c’est un geste dont j’avais envie depuis longtemps. Au final, nous avons tourné trois fois cinq jours, sans demander d’autorisation. Je me suis débrouillée pour le montage qui était la partie la plus délicate et j’ai envoyé le film à Cannes. Il a vite été retenu à la Semaine de la Critique. Ce qui a tout changé. Arte puis Canal+ l’ont acheté. J’ai pu payer tout le monde même ceux qui ne voulaient pas ! Un producteur, Saïd Ben Saïd, m’a proposé de travailler avec lui. C’est lui qui a produit Bonne mère que j’avais écrit douze ans plus tôt ».
Le goût du défi
Son deuxième long métrage n’est pas encore sorti, que la productrice Julie Billy lui propose d’adapter La petite Dernière, le roman autobiographique de Fatimas Daas. « J’ai eu un coup de coeur pour l’histoire et pour un personnage que je n’avais jamais vu au cinéma. Je savais que ce serait difficile. Mais j’aime bien les défis », affirme Hafsia Herzi. Et ce fut compliqué. L’homosexualité féminine fait peur. Arte et une co-production allemande permettent finalement au film d’exister. Mais le tournage, pourtant tenu au secret, est perturbé. « L’accessoiriste a été pris en otage, une partie du décor principal a été caillassé et détruit. Nous avons perdu une demi-journée de tournage », raconte la réalisatrice. Elle reconnait aussi avoir reçu des menaces, des insultes pendant les avant-premières et du harcèlement sur les réseaux sociaux à la sortie du film. « Cela m’a donné encore plus envie de continuer, brave-t-elle. Au final, il nous est aussi arrivé beaucoup de belles choses avec La petite Dernière ». Un prix d’interprétation féminine à Cannes et un César de la meilleure révélation à Nadia Melliti ou le Prix Alice Guy 2026.

Avant de s’attaquer à son quatrième long dont le scénario est déjà écrit, Hafsia Herzi a repris le chemin des plateaux et sa carrière d’actrice. Elle a joué dans Histoires de la nuit de Léa Mysius, Quelques mots d’amour de Rudy Rosenberg et se forme à devenir bergère pour La foudre, le prochain film des frères Larrieu dont le tournage est prévu avant l’été. « Découvrir d’autres métiers, sortir de mon quotidien, rencontrer de vrais personnages est un des aspects les plus inspirants de mon métier. Pour Le Ravissement, j’ai fait un long stage dans une maternité auprès de sage-femmes », raconte-t-elle. Mieux cerner l’humain lui semble plus important que maîtriser la technique pour être crédible.
De la difficulté d’être réalisatrice
« Cet équilibre entre ma vie d’actrice et celle de réalisatrice me convient parfaitement. je n’aurais pas rêver mieux, avoue Hafsia Herzi. J’ai toutefois hâte de réaliser à nouveau même si cela demande une énergie folle. C’est plus difficile pour les femmes, insiste-t-elle. Il faut se faire respecter. Heureusement, j’ai grandi dans un milieu où les filles ne se laissaient pas faire… En tant que femme, on ne nous prend pas au sérieux, on ne nous écoute pas. Et en plus, on doit assumer la charge mentale, la famille… ». Malgré un emploi du temps chargé, elle a pris le temps de nous confier son top 5 de films de réalisatrices.
Mes cinq films de réalisatrices préférés
1 – Lady Chatterley de Pascale Ferran (2006)

J’aime beaucoup le travail de Pascale Ferran. Je le trouve humainement très sensible. Cette adaptation est mise en scène avec audace, sensualité, beauté. Marina Hands est exceptionnelle. L’ensemble est vraiment très beau.
2- Fish Tank d’Andrea Arnold (2009)

Andrea Arnold est une de mes réalisatrices préférées, et je sais que nous sommes beaucoup a en être fans ! Fish Tank est un grand film sur l’adolescence, un film sensuel, nerveux porté par un personnage féminin bien joué, bien mise en scène, bien cadré et toujours filmé avec bienveillance. Il y a des points communs entre le travail de Pascale Ferran et celui d’Andréa Arnold, je trouve.
3- Leur Algérie de Lina Soualem (2020)

Lina Soualem que je connais depuis longtemps est une grande réalisatrice dont l’intelligence se perçoit à travers sa sensibilité. Elle porte un regard très doux sur ses personnages, qui sont ici ses grands parents. Ce premier film m’a bouleversée. Le dispositif est très simple mais l’émotion est là.
4 – Sans toit ni loi d’Agnès Varda (1985)

La manière dont Agnès Varda filme, sa mise en scène forte, la liberté, l’histoire font de Sans toit ni loi un grand film. Avec une Sandrine Bonnaire magnifique, incroyable.
5- La leçon de piano de Jane Campion (1993)

J’adore autant la femme que la réalisatrice que j’ai rencontrée à la Mostra de Venise puis au Festival Lumière de Lyon. Ce n’est pas rien de réaliser un film quand on est une femme, et encore plus quand on parle de sensualité, d’érotisme. Et là, quelle force de mise en scène !
