Mauvaise étoile
La masculinité toxique et ses conséquences sont au programme de cette Mauvaise Étoile de Lola Cambourieu et Yann Berlier. En ouverture de l’ACID le 13 mai 2026.
Dommages collatéraux
Malone a 9 ans, du répondant et du mal à respecter sa mère Kiki même si elles s’aiment beaucoup. Kiki est une femme à la fois forte et fragilisée par la relation toxique et pourtant aimante qui la lie à Alex, le père de Malone. Kiki trouve du réconfort dans un club de sport où elle pratique la lutte. Même si elle met régulièrement des mecs au tapis, elle perd ses moyens quand elle retrouve Alex au comportement passif-agressif.

Pour un rien – elle a oublié de faire tamponner une carte de fidélité – il la méprise et l’oblige à retourner chez le marchand avec qui il finira par se battre puis boire des bières alors que sa femme et sa fille l’attendent indéfiniment dans la voiture.
Kiki, constamment prise à défaut dans ses actions, perd confiance en elle, oublie ce qu’elle doit faire, tente de se rattraper en s’humiliant au passage, entraînant encore plus de mépris et violences de la part d’Alex. Une spirale de l’emprise dont elle ne parvient pas à se sortir, et qui, si l’on en croit la construction du film, expliquerait le comportement rebelle de sa fille. Et ça, c’est maladroit, voire contestable, même s’il semble que c’est la perception que Yann Berlier, le réalisateur, a eu de sa mère, incapable de se protéger de ses conjoints malveillants.
Un prédateur en action
Ce qui est intéressant dans ce film toutefois trop long est justement qu’il prend le temps de démonter le mécanisme insidieux d’un comportement passif-agressif. D’habitude, au cinéma, la violence est mise en scène de manière spectaculaire. Les coups pleuvent, la colère emporte tout sur son passage. Là, non ou très peu – ce qui est déjà trop -.

Ici, la violence des hommes, d’Alex en particulier, est essentiellement verbale et psychologique, beaucoup moins physique même si ses actes entretiennent la peur permanente de sa femme, toujours sur le qui-vive. Le film s’étire donc sur les mécanismes de manipulation mentale, les changements de pied permanents et les comportements irrationnels, dégradants du conjoint. Auxquels succèdent des moments de tendresse ou d’amour qu’il finit par accorder à sa femme quand il sent qu’il est allé trop loin. Car au fond, Alex n’a qu’une peur : que sa proie lui échappe.
Une interprétation exceptionnelle
Le sexe est un enjeu aussi. Si Kiki tente de se racheter par des câlins, elle n’est jamais assez bien pour le bel Alex. Elle pue, ne le regarde pas assez… On la sent se désintégrer à l’image, et il est indispensable de saluer la performance de celle qui l’interprète : Noémie Edé-Decugis, plus que parfaite dans cette mise à nue psychologique. Hugo Carton, qui interprète Alex, n’est pas mal non plus mais sa performance est moins exigeante, moins humiliante aussi, que celle de sa partenaire. La petite Anouk Berlier Cambourieu qui joue Malone est elle aussi impeccable.
Les personnages dans leur ensemble sont très justes et suffisamment complexes pour ne pas caricaturaux. Les mecs – du grand-père aux fêtards – sont insupportables et misogynes, tous pires qu’Alex, qui reste le plus aimable de la bande. Mais ce n’est pas que pour cela que Kiki y tient. C’est aussi parce qu’il la maintient sous sa coupe.
Un réalisme social qui n’évite pas certains clichés
Outre sa longueur qui finit par devenir démonstrative, on peut aussi regretter que les réalisateurs aient opté pour un milieu populaire un peu cliché pour démonter ce mécanisme de violence intra-familiale qui existe à tous les étages de la société. La maison de Kiki et d’Alex qui pourrait être confortable avec sa piscine et ses espaces conséquents est un vrai capharnaüm. On lit des traces de poings dans les portes qui signalent au passage que la violence est ancienne et parfois physique. On comprend que personne ne s’épanouit dans un tel bordel où rien n’est rangé. Mais cela contribue à mettre une distance, un surplomb entre ceux qui regardent et ceux qui sont à l’image.
De fait, les allusions au dessin, à la peinture sont incompréhensibles tout comme les réunions dans la famille de Kiki, évidemment peu apte à entendre les critiques que ses sœurs lui adressent. C’est dommage même si l’essentiel est atteint : parvenir à communiquer la paralysie de Kiki quand elle est menacée, sa perte de repères et de réactions saines qui la poussent à faire l’inverse de ce qui lui redonnerait la place qu’elle mérite. Et ça c’est déjà extraordinaire.
De Lola Cambourieu et Yann Berlier
Avec Noémie Edé-Decugis, Hugo Carton, Anouk Berlier Cambourieu
2026 – France – 2h12
Mauvaise Étoile de Lola Cambourieu et Yann Berlier sera projeté en ouverture de l’ACID le 13 mai 2026. Sa sortie dans les salles françaises n’est pas encore connue.
