2e World A.I Film Festival

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13 films intégrant l’IA ont été primés à Cannes, lors de la 2e édition du World A.I Film Festival. Quelles découvertes !

L’IA, nouvel outil de cinéma

Toutes les époques ont eu peur des révolutions techniques ou technologiques, ont averti le réalisateur Claude Lelouch ou le compositeur Jean-Michel Jarre, respectivement président honoraire et ambassadeur du World A.I Film Festival (W A.I.FF). Ce nouveau festival, créé il y a deux ans, est dédié à l’IA dans la création cinématographique. Pourtant, l’IA (Intelligence Artificielle) est déjà là, prévient Sarah Lelouch, productrice et fondatrice de TechCannes ou de ClapAction. Mieux vaudrait s’entendre pour réglementer ses usages et organiser le partage de valeurs qu’elle génère plutôt que de l’ignorer, dit-elle en substance.

WaiFF 2026- Cine-Woman
Le jury et tous les officiels du WaiFF 2026 sur les marches du Palais du Festival de Cannes, dont l’actrice Gong Li et le compositeur Jean-Michel Jarre au centre

Justement, comment s’y prendre pour y parvenir sans brider la créativité qu’offre un tel nouvel outil ? Une série de talks et de keynotes réunissant le gratin mondial des spécialistes du sujet avait lieu, durant les deux jours, au palais Miramar de Cannes. Si la peur que l’IA suscite toujours aujourd’hui – avec son lot de métiers brutalement devenus remplaçables- a bien été abordée par la réalisatrice Agnès Jaoui notamment, il a surtout été question de bien définir sa place dans la création, les usages et les économies qu’elle permet, les possibilités inouïes qu’elle offre et les changements qu’elle impose, concernant en particulier les droits d’auteur et le partage de la chaîne de valeur.

IA pour Imagination Augmentée

Jean-Michel Jarre la surnomme « sa muse, son Imagination Augmentée »,  rappelle que toute technologie est neutre mais que le vrai sujet est celui de la propriété intellectuelle d’autant qu’il faut continuer à alimenter « la bête » pour qu’elle reste pertinente. « La création humaine doit en devenir un partenaire économique à part entière » a-t-il précisé.

2e Waiff- cine-woman.fr
Un des talks sur un des sujets stratégiques : comment contrôler l’IA?

A vrai dire, l’IA est partout et déjà tant avancée que toute résistance semble illusoire. Ce qui n’empêche aucunement de vouloir en réglementer les contours, les usages etc. en inventant un système qui permette de la contrôler d’une manière ou d’une autre. Le Droit d’auteur cher à la France et à Beaumarchais qui l’a inventé est impossible à appliquer tel quel mais peut rester une base de réflexion. Le problème reste le retard, pour ne pas dire, l’absence d’opérateurs européens et la difficulté à mettre d’accord autant de pays aux cultures et de législation différentes. Mais l’optimisme était de mise, pour Jérôme Enrico, président de l’ARP, la société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs.

Plus de 5 400 films

La présentation des soi-disant bonnes intentions de Google France sur le sujet a douché l’enthousiasme. Qui a le souvenir que Google l’ait rémunéré pour quoi que ce soit ? a tancé un avocat spécialisé allemand. Personne, mais la révolution est irrémédiablement en marche. Et les projets créatifs l’ont d’ores et déjà tout à fait intégré. Dans le domaine, la course à une innovation permanente est le vrai sujet : un film d’aujourd’hui utilisant déjà une technologie d’hier, même si elle ne date que de quelques mois.

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Le Commencement de Ibraheem Diab (Jordanie), prix de l’émotion

Les résultats sont parfois bluffants. Et c’est l’autre enseignement de ce festival de films, la créativité du cinéma du monde entier est déjà contaminée par cette technologie. Des déclinaisons du WAIFF ont déjà eu lieu au Brésil au Japon et en Corée en attendant la Chine prochainement. Plus de 5 400 films ont été reçus venus de plus de 80 pays. Et cela, bien que l’IA soit sujette à un double prisme fort : la sur-représentation américaine et asiatique qui imposent leurs stéréotypes visuels et culturels. Ibraheem Diab, un réalisateur jordanien primé, regrettait par exemple la médiocre représentation du monde arabe – et surtout de sa population –  dans l’IA. Certains européens aussi.

Un outil encore très masculin

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Dévouré de Lee Eun Young et Heui Song Son

Il n’empêche que le large de panel de films ou de séries présentés durant ces deux jours – des projections avaient cours en parallèle dans les trois salles du cinéma Les Arcades – donne une belle idée des champs des possibles.

Tous n’étaient pas intégralement réalisés à l’IA, certains hybrides mélangeaient tournage en prise de vues réelles, animation et images générées par IA – d’ailleurs, où est la frontière entre effets spéciaux et IA?  -Et ce nouvel outil offre des perspectives pertinentes autant dans la reconstitution de mondes anciens disparus que dans des dystopies futuristes nées dans l’imagination de quelques un.e.s., dans des fictions comme dans le documentaire.

Un seul bémol, mais majeur ici. L’IA reste encore un domaine fort masculin. On entendait que « quand les femmes s’y mettent, elles sont meilleures, mais elles s’y mettent encore trop peu ». La preuve dans ce palmarès qui a remis 13 prix pour en récompenser la créativité, mais un seul à un film co-réalisé par deux femmes : Dévouré de Lee Eun Young, Heui Song Son (Corée du Sud).

 

Le palmarès du WAIFF 2026

Un (large) jury était composé de :

  • Agnès Jaoui, scénariste, réalisatrice et actrice française -présidente du jury
  • Aïssa Maïga, actrice et réalisatrice française
  • Roger Avary, scénariste américain
  • Elsa Zylberstein, actrice française
  • Kavan Cardoza, réalisateur américain
  • Reza Sixo Safai, cinéaste amricain,
  • Joanna Popper, productrice américaine,
  • Serge Hayat, producteur français,
  • Ruby Yang, réalisatrice hong-kongaise
  • Roberto Amoroso, producteur italien,
  • Na-Young Nam, monteuse sud-coréenne
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Costa Verde de Léo Cannone, grand gagnant du WaiFF 2026

Au total, il a remis ces 13 prix :

  • de la micro-série : Dévouré de Lee Eun Young, Heui Song Son (Corée du Sud),
  • du premier 1er film : Un autre Détail de Denis Larzillière (France),
  • du 8e art : Présent de Dario Cirrincione (Suisse)
  • du film publicitaire : La vie est un voyage de Aurélien Bigot (France)
  • Jeunesse : RendAI-vous de Marius Doicov (France)
  • Action : A dollar story de Qui Sheng (Chine)
  • Animation : La Sélection mécanique de Jules Blachier (France)
  • Fantaisie : Costa Verde de Léo Cannone (Royaume Uni / France)
  • Émotion : Le Commencement de Ibraheem Diab (Jordanie)
  • Prix CapCut : Apocalypse : l’art de Tovar de Nyko Oliver
  • Bande son d’IA : Steam de Fabio Bonvicini (Italie)
  • MiniMax du Meilleur long métrage documentaire : Napoléon III le prix de l’audace de Jacques Edouard (France)
  • Best AI Film : Costa Verde de Léo Cannone (Royaume Uni / France)
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