Premières solitudes

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Claire Simon répond à une commande de la ville d’Ivry et s’intéresse à quelques lycéens du coin.  Premières solitudes, un documentaire social, est présenté à la Berlinale 2018, section Forum.

Sans familles

Rien de la commande que le Ville d’Ivry a adressé à Claire Simon ne filtre. Pourtant, la documentariste a accepté de rencontrer les jeunes lycéens section cinéma du lycée Romain Rolland. Elle leur consacre son nouveau film, un an après Le Concours, sur le parcours du combattant pour entrer à la Femis.

Premières solitudes de Claire Denis - Berlinale 2018 - Cine-Woman

Deux jeunes filles se confient sur leur famille

Mais de cinema, d’études et de matières scolaire, on n’en parlera pas. A peine une des jeunes filles, la première du film, abordera-t-elle ses difficultés en maths. Mais, non, il sera surtout question de la famille de ces grands ados et de la manière dont ils la vivent et la décrivent. Et,  le constat est terrifiant.

Premières solitudes ou le manque de père

Leur monde, à ces jeunes, se scinde en deux groupes : ceux dont les parents sont divorcés et les autres. La plupart vit avec leur mère, sans beaucoup de nouvelles du père. Il brille souvent par son absence, cet homme qui leur a aussi donné la vie. Éconduits par les mères, ils ont fini par délaisser leurs enfants, si toutefois ils s’y sont intéressés à un moment ou un autre de leur vie.

Premières solitudes de Claire Denis - Berlinale 2018 - Cine-Woman

Au lycée Romain Rolland

Parfois, ils ont toujours là, mais quand même absents créant des béances effectives dans le cœur de leurs descendants. Hugo témoigne, en larmes. Les autres ont fini par s’y faire, même s’ils regrettent leur manque d’investissement, la douleur de les voir maintenus à distance, reçus parfois sur le palier de ce qui à dû être leur foyer. Certains ont failli tôt, d’autres plus tard. Aucun père n’en ressort grandi même si l’une avoue être très liée au sien, jusqu’à dormir dans ses tee-shirts. Les mères n’ont pas forcément le beau rôle. Mais, elles assurent le quotidien, la survie. Et ces ados leur en sont reconnaissants.

Famille, tu me hantes !

Étrangement, Claire Simon n’a gardé que cela de la vie de ces jeunes gens: leurs carences familiales. Elles sont béantes, colossales. Ils se construisent tant bien que mal sur ces manques, avec, pour les plus fragiles, la béquille d’un amoureux précieux (qu’on ne verra jamais). Ces Premières solitudes sont donc l’absence des parents.

Premières solitudes de Claire Denis - Berlinale 2018 - Cine-Woman

Autre discussion intime, sur la famille toujours

Certes, il est intéressant d’entendre ces jeunes sur un sujet qui les concerne tant — et qui est rarement abordé ainsi au cinema. Fallait-il pour autant limiter leur mal-être à ce seul sujet ? Sur la longueur, il devient redondant et finit par se nourrir d’une certaine surenchère dans l’horreur héréditaire. Et fallait-il finir en filmant ces jeunes filles rêver à l’amour éternel et à la stabilité absolue de la cellule familiale, elles qui ne l’ont jamais connue?

Sujets de fonds

Comme toujours, les documentaires de Claire Simon traitent des questions profondes et s’appuient sur une idée bonne et originale. Mais, ils se diluent souvent sur la longueur et peinent à s’achever de manière pertinente. Claire Simon est anthropologue de formation et pour elle, le monde reste ouvert, sans fin. C’est rarement le cas d’un très bon film.

De Claire Simon, avec des élèves de la classe cinéma du lycée Romain Roland d’Ivry-sur-Seine

2018 – France – 1h40

Premières solitudes de Claire Simon est présenté dans la section Forum de la Berlinale 2018. Il sortira en France le 14 novembre 2018..

© Sophie Dulac Productions

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