Nos vies formidables

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Une femme jeune et dépendante entre en cure de désintox. Dans Nos vies formidables, Fabienne Godet filme en vrai le long cheminement d’accros vers une nouvelle vie. Terrible mais intéressant.

Vers la lumière

Margot a 32 ans quand elle débarque dans un centre de désintoxication. Au départ, et bien que volontaire, elle ne sait pas trop où elle met les pieds. Les règles y sont strictes. Aucun produit rendant dépendant est autorisé, ni même l’argent ou un téléphone portable ! Seule la cigarette est autorisée. Il faut aussi accepter de vivre en collectivité, sans juger les autres.

Nos vies formidables de Fabienne Godet - Cine-Woman

Margot (Julie Moulier) et Jalil (Cédric Muruani), la première amitié

Fille de pharmaciens, éduquée, Margot va progressivement se lier à Jalil, puis au groupe tout entier. Elle va bientôt commencer à parler, à se confier, à accepter et à gérer ses émotions. Puis enfin comprendre ce qui l’a conduite à se jeter à corps perdu dans l’alcool, la drogue, les médocs.

Nos vies formidables : ironie ou objectif ? 

C’est ce long parcours plein d’embûches, de remises en causes, de drames que l’on suit presque au jour le jour. En tout cas de manière relativement linéaire. Margot est perdue. Elle sera reconnue et apprendra ainsi à revivre. Grâce aux autres.

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Même le petit déjeuner est un moment précieux de retour à la vie

Fabienne Godet dont c’est le quatrième long métrage film à co-écrit le scénario avec Julie Moulier, qui intercepte aussi le rôle principal. Ce n’est pourtant pas son histoire.

Faire du cinéma autrement

Pour faire ce film, la réalisatrice a expérimenté une nouvelle manière de travailler. Elle a d’abord assisté pendant deux ans à des séances des Alcooliques et Narcotiques Anonymes, puis suivi un groupe exclusivement composé de femmes. Le personnage de Margot et des autres s’est alors composé à partir des témoignages obtenus.

Nos vies formidables de Fabienne Godet - Cine-Woman

Les ateliers collectifs de reconstruction

La cinéaste a ensuite imaginé tourner dans un lieu unique, une résidence où elle a réuni, pendant un mois, un groupe d’une vingtaine acteurs. Chaque membre de cette communauté ainsi créée s’est approprié l’histoire et le vécu de son personnage. La dynamique collective construite à partir autour de destins individuels est née. Avec une équipe technique restreinte, Fabienne Godet a pu débuter son tournage, chronologique, à partir d’un mélange de scènes très écrites et d’improvisation. Elle a enfin ajusté son récit et les trajectoires de ses personnages grâce à un montage en quasi-temps réel, sur le lieu du tournage.

Moi et les autres, les autres et moi

L’ensemble de ce dispositif, souple, donne une vérité crue, vive à cette fiction. La mise en scène minimaliste, presque documentaire, rend le le parcours de Margot réaliste et sincère d’autant qu’elle ne nous épargne aucune étape de ce sevrage sévère. Mais, l’essentiel est ailleurs quand la jeune femme revient à ses émotions, qu’elle dévoile pudiquement ce qu’elle pense avoir raté de sa vie et ce que furent ses obstacles.

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La résurrection de Margot (Julie Moulier) grâce, entre autres, à Pierre (Bruno Lochet)

Il est aussi et surtout dans le collectif qui se forme peu à peu non pas tellement autour d’elle mais avec elle. Et c’est de cette force commune qu’elle finira par trouver celle qui la sauvera. Quitte pour cela à rompre avec fracas avec les rapports et personnes toxiques qu’elle a connu avant et qui lui ont pourri la vie, avant. Comme le résume Fabienne Godet, « le lien aux autres est d’abord le problème mais aussi la solution ». Reste à savoir quels autres. 

De Fabienne Godet, avec Julie Moulier, Bruno Lochet, Régis Ribes, Camille Rutherford, Johan Libereau, Camille Cadol….

2018 – France – 1h57

©LeBureauFilms
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