Olga

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L’exil est-il toujours la solution quand on est menacé? Pour Olga, l’héroïne du premier film d’Elie Grappe, il pèse plus comme une inquiétude que comme un apaisement.

D’Ukraine, toujours

A 15 ans, Olga, gymnaste de haut vol, n’a qu’une préoccupation : se qualifier pour l’Euro. Elle redouble de volonté et d’entrainement. Habituée aux techniques de l’Est, elle pousse les limites de son corps le plus loin possible. Sans se plaindre.

Olga d'Elie Grappe - Cine-Woman

Olga (Anastasia Budiashkina) à l’entraiment en Ukraine

Sa mère est une journaliste engagée, critique vis-à-vis du pouvoir ukrainien et donc victime de violentes intimidations. Quand l’avenir de sa fille est menacé, elle n’hésite pas et l’envoie s’entraîner en Suisse, le pays de son père qu’Olga a si peu connu.

La révolution par procuration

La majorité du film se passe ainsi en Suisse, sur le plateau de Macolin, là où s’entrainent les athlètes de haut niveau. Les infrastructures sont aussi magnifiques que le paysage. Mais, Olga s’y sent seule. Son français est approximatif, ses performances créent des jalousies, sa détermination au delà de la souffrance de son corps incomprise dans cette partie occidentale de l’Europe.

Olga d'Elie Grappe - Cine-Woman

Le plateau de Macolin où l’équipe olympique de gym Suisse s’entraîne

Par dessus tout, quand elle arrive en Suisse, son pays, l’Ukraine, bascule dans la révolution. Sa meilleure amie Sasha, sa mère bien sûr, sont comme beaucoup d’Ukrainiens sur la place Maidan à réclamer le départ de Viktor Ianoukovytch et plus de liberté et de démocratie. Olga vit ces événements politiques déterminants pour l’avenir de son pays par procuration, à travers les images qu’on lui envoie. Elle ne le supporte pas…

Se débarrasser du joug russe

Qui connait mal l’Ukraine manquera  une partie du sujet. Indépendante de la Russie après en avoir accueilli la première capitale, cette région du Caucase a toujours mal vécu la main de fer de Moscou. En 2014, la révolution de Maïdan en est une nouvelle preuve. Les Ukrainiens sont plutôt nationalistes, en guerre perpétuelle pour leur indépendance vis-à-vis de Moscou. Et cette dernière tentative populaire et massive d’en évincer le joug se conclura par l’invasion de la Crimée, au sud, c’est à dire à la prise en étau de l’Ukraine par les russes.

Olga d'Elie Grappe - Cine-Woman

La révolution de Maïdan s’invite lors de l’Euro

Elie Grappe le traite le sujet un peu comme un sous texte. Certes, il suit les manifestations – les images utilisées dans le film seraient celles filmées par les téléphones portables de ceux qui y participaient- mais le point de vue qu’il adopte est celui distancié d’Olga, alors qu’elle est en Suisse.

Olga gymnaste déracinée

En revanche, il prend un plaisir manifeste à filmer les gymnastes lors des entrainements et des compétitions, et surtout le visage buté, renfrogné d’Olga quand elle est contrariée. Il s’attarde sur les préparations, les bandages, la poudre, et surtout l’arrosage des barres avant qu’elles s’y agrippent et en fassent leur terrain de jeu. C’est impressionnant.

Olga d'Elie Grappe - Cine-Woman

Olga (Anastasia Budiashkina)concourt pour la Suisse

Pourtant, il manque le liant, ce qui fait que la géopolitique devient l’enjeu d’une vie en train de se construire. Bien sûr il y a le sport de haut niveau qui véhicule un nationalisme de bon aloi. Mais, tout est juste posé, sans analyse. En faisant d’Olga la principale menace contre elle-même, Elie Grappe rate l’occasion de glisser son film dans un espace plus grand que lui, dans une dimension qui en aurait fait un témoignage de l’histoire en train de se vivre. Ce que le film sur la coureuse de demi-fond de Sur la ligne réussissait à rendre.

Olga récompensée

C’est dommage car les actrices – toutes des gymnastes – sont impressionnantes de vérité et bien sûr tellement précises dans leur geste. Dans le visage buté d’Anastasia Budiashkina, on peut y lire la détermination sans faille qui fait la force des grandes athlètes.

Olga d'Elie Grappe - Cine-Woman

Olga (Anastasia Budiashkina) dans sa famille suisse, inquiète du sort des siens en Ukraine

C’est ce qui a valu à Olga d’être sélectionné et sacré du prix SACD de la Semaine de la critique 2021. Et à ce premier film de représenter la Suisse aux oscars.

D’Elie Grappe, avec Anastasia Budiashkina, Sabrina Rubsova, Caterina Barloggio, Tanya Mikhina…

2021 – Suisse – 1h27

©point-prod_cinéma defacto
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