Be natural : l’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché

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Be natural, le documentaire de l’américaine Pamela B. Green, était présenté à Cannes Classics, vendredi 11 mai 2018. Une projection unique qui confirme le peu de cas que le cinéma français apporte à la première réalisatrice au monde, décédée il y a juste 50 ans.

A la recherche d’Alice Guy

Il a fallu huit ans à la jeune Pamela B. Green pour réaliser le film qu’elle dédie à celle qui a inventé le cinéma d’aujourd’hui. Huit ans d’enquêtes, entre la France et les Etats-Unis, à la recherche d’indices, de films, de documents qui lui permettraient de comprendre pourquoi Alice Guy (Alice Guy-Blaché aux Etats-Unis) l’une des pionnières les plus importantes du cinéma a été ainsi effacée de l’histoire.

Be natural : l'histoire inédite d'Alice Guy-Blaché - Cine-Woman

Be natural et un portrait peu connu d’Alice Guy

Ce documentaire au montage (trop) dynamique retrace justement cette enquête après avoir expédié les grandes lignes de la vie d’Alice Guy. Et cela avec force documents de famille inédits : les photos de ses parents, de sa famille et de son parcours dans le cinéma, c’est-à-dire de sa naissance en 1873 jusqu’à son  dernier film en 1920. Cette partie biographique résumée dans le premier quart d’heure, Pamela B. Green tente de comprendre pourquoi depuis, l’histoire du cinéma a oublié, sinon effacé Alice Guy.

Qui connaît Alice Guy? 

Elle le fait simplement mais avec force de témoignages, réunis sur un mur d’images. « Qui connait Alice Guy ? » , s’enquiert Pamela B. Green auprès de tant de réalisateurs, historiens du cinéma d’aujourd’hui. La plupart l’ignore ou l’ignorait il y a peu. Et c’est donc la justifiation à cette vaste enquête qui va lui faire parcourir les Etats-Unis et l’Europe à la recherche d’indices, de révélations et donc à terme, d’une prochaine réhabilitation. A noter que Be Natural était une injonction d’Alice Guy à ses acteurs.

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Sous l’ombrelle, Alice Guy

Cette quête sur-réalisée avec des cartes, des coups de téléphone enregistrés et plus intéressants de documents inédits dévoilés – le carnet d’adresse d’Alice Guy et quelques effets personnels conservés au MOMA de New York – traite des trois grandes époques de la vie de la première cinéaste. Sont abordés ses débuts de réalisatrice en France qu’elle raconte elle-même (dans un documentaire). Ce qui est évidemment bienvenu et touchant. En plus, Alice Guy est tellement pleine d’esprit et pétillante que c’est un régal. Puis sa carrière aux Etats-Unis au sein de son studio de production, la Solax, et enfin l’effacement orchestré de cette pionnière de l’Histoire du cinéma.

Double regard

Be Natural renseigne peu sur la partie française qui a déjà été traitée et est plus facilement disponible ici. En revanche, les documents de la partie américaine sont , pour nous, souvent inédits. Pamela B. Green parvientà les regrouper alors qu’ils sont éparpillés dans tout le pays, sur des supports différents. Ce double point de vue, français et américain, est vraiment passionnant. On y découvre des films d’Alice Guy impossibles à voir ici en percevant la manière dont son travail de réalisatrice à évoluer. Les extraits de ses films sont extraordinaires. On y voit d’emblée la force de son regard, sa modernité, ses talents d’immense cinéaste. Un vrai régal !

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Sur un tournage d’un film d’Alice Guy

Pamela B. Green se perd ensuite dans ses recherches – elle insiste sur une branche familiale locale (les Pin)  dont on saisit mal l’intérêt. Puis elle bascule dans son troisième et dernière partie : une tentative d’explications de la disparition de la première cinéaste au monde de l’Histoire du cinéma. Plus démonstrative, moins surprenante même si Pamela B. Green met en évidence les multiples raisons qui y ont contribué, elle ne met jamais sa langue dans sa poche et égratine au passage Léon Gaumont, Henri Langlois et la Cinémathèque Française, les institutions, les mensonges véhiculés etc… C’est courageux et pertinent quand on sait combien il est toujours aussi difficile de voir, aujourd’hui encore les films pourtant géniaux d’Alice Guy.

Une somme sur Alice Guy

Le film co-produt par Robert Redford, Hugh Hefner (!) est en partie racontée par la très francophile Jodie Foster. Ce qui lui donne une élégance incontestable. Il pêche par excès d’informations, de témoignages (une quarantaine au bas mot). Il mériterait d’être vu plusieurs fois (pour avoir le temps d’ingurgiter tout ça). Il reste néamoins une somme considérable sur Alice Guy, sur sa contribution au cinéma,  sans faux pas à son sujet et avec un engagement pour la défendre grandement méritoire. Il aurait même permis de retrouver une douzaine de films d’Alice Guy. Et ce n’est pas la moindre de ses qualités.

Documentaire de Pamela B. Green

2018 – Etats-Unis – 2h

Be natural : the untold story of Alice Guy-Blaché de Pamela B. Green était présenté le 11 mai 2018 dans le cadre de Cannes Classics. Il devrait sortir aux Etats-Unis en 2019, mais n’a pas de distributeur en France.

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