Onoda- 10 000 nuits dans la jungle

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Hiroo Onoda est un lieutenant japonais d’honneur qui n’a pas voulu croire à la fin de la deuxième guerre mondiale. Arthur Harari lui consacre son deuxième film, présenté en ouverture d’Un Certain Regard lors du 74e Festival de Cannes. Eprouvant.

Apocalypse nippon

En 1944, un élève officier est pris en charge par un formateur pour devenir l’élite d’une guerre dite secrète. Sa mission est de défendre le Japon à tout prix, et surtout de ne jamais se rendre ou mourir. Envoyé sur une île des Philippines en plein débarquement américain, Hiroo Onoda rallie un petit groupe d’inconditionnels et mène une guerre de position, seul avec sa troupe.

Onoda - 10 000 nuits dans la jungle - Un certain regard - 74e Festival de Cannes - Cine-Woman

Onoda erre avec sa troupe sur l’île de Lubang aux Philippines, après la réédition du Japon

De plus en plus isolé au fil du temps, coupé du monde, Onoda respecte le code d’honneur et n’abandonne rien jusqu’à ce qu’on le retrouve en 1974. Il est alors le dernier soldat japonais toujours en faction, trente ans après la reddition de l’Empire.

Onoda, un héros dérisoire

Arthur Harari est manifestement un réalisateur d’atmosphère. Après Diamant noir, qui décrivait l’univers impur du commerce des diamants, le voilà passionné d’aventuriers solitaires. Son père lui parle d’Hiroo Onoda, ce soldat japonais resté 10 000 jours de plus en guerre que son pays. Seul, contre tous, et surtout contre à peu près personne puisqu’il est censé livrer une guerre secrète.

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Onoda face au Major Taniguchi qui l’enrôle pour la guerre secrète

10 000 jours et 2h45 de film, c’est long, interminable même. Et cette épopée immobile n’a finalement pas beaucoup de sens. Depuis Apocalypse Now, on sait que la guerre rend fou et que cette folie est irrationnelle et parfois violente. Regarder ce soldat, perclus d’un honneur illusoire, survivre dans une grotte, une jungle qui aurait dû avoir raison de lui, est vain, dérisoire.

La banalité d’un mal

Arthur Harari s’en défend. Non pas dans son film qui ne prend malheureusement pas parti, mais dans la longue interview du dossier de presse. C’est toujours un problème quand les intentions d’un cinéaste sont plus fortes, plus intéressantes que le film.  A cette interview (que je vous encourage à lire donc) est jointe une note intitulée Le retour du soldat Onoda et ses résonances. Naoko Seriu, maitresse de conférences en histoire moderne, y aborde en deux pages l’essentiel : Onada a été accueilli en héros par le Japon en 1974. Ce qui reste la thèse mollement défendue par Harara. Héros de quoi? D’une guerre qu’il n’a pas menée ou alors contre des ombres – et une trentaine de philippins qui en sont morts, pour rien- .

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Même scruter la mer devient une occupation pour ces deux derniers soldats japonais

Onoda est-il une victime? La victime d’un engagement, d’un code d’honneur qu’il a suivi jusqu’à la folie? Le film ne tranche pas, ne répond même pas à cette ambiguïté, il ne l’aborde pas vraiment non plus. Et c’est dommage car c’est le seul intérêt de cette histoire. On a juste l’impression d’avoir à faire à un individu, incapable de se remettre en cause et sans aucun sollicitude pour autrui. Une sorte de machine de guerre sans commandement central. Pas de quoi en faire ni un héros, ni une victime. Juste un pauvre type atteint comme d’autre de la banalité du mal. Quelque chose de déjà vu et d’un peu vulgaire en somme.

D’Arthur Harari, avec Yuya Endo, Kanji Tsuda, Yuya Matsuura, Tetsuya Chiba…
2021 – France/Japon/Allemagne/Belgique/Italie:Cambodge – 2h45

Onoda – 10000 nuits dans la jungle d’Arthur Harari fait l’ouverture de la sélection Un Certain Regard au 74e Festival de Cannes où il est en compétition. Sa sortie dans les cinémas français est prévu le 21 juillet 2021.

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