Les Tops 5 de Nathalie Azoulai

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Les femmes et le 7ème art, c’est une longue histoire mal connue. Pour l’honorer, Cine-Woman demande à tou(te)s les 5 films de femmes et les 5 rôles féminins qui les ont marqués. Nathalie Azoulai, écrivain, nous a confié ses listes.

Les choix de Nathalie Azoulai

Dans une interview qu’elle donnait à la sortie de son livre Les spectateurs, Nathalie Azoulai reconnaissait avoir du mal à sentir l’Histoire se frotter à sa vie, à elle-même. Qu’en est-il en plein confinement, alors qu’elle est touchée de près par le Covid 19 et que comme les autres, elle doit limiter ses sorties à l’essentiel ?

Les tops 5 de Nathalie Azoulai - Cine-Woman

Nathalie Azoulai, auteure de Clic-Clac, roman sur une réalisatrice de cinéma

« La situation est concrète mais abracadabrante. On se croirait dans un film », analyse-t-elle. « Nous sommes dans l’histoire c’est vrai mais elle semble fictive, romanesque, mythologique peut-être. Et écrasante de globalité. Ce qui la déréalise ». Mais, justement n’est-ce pas ça, se frotter à l’Histoire, n’avoir pas pleinement conscience qu’on est en train de la vivre en essayant seulement de sauver sa peau?

Elle avoue avoir les jambes coupées, n’être même plus capable de se concentrer sur un film et encore moins un livre. Il faut dire qu’à cause de ce satané virus, elle vit aussi drôlement la sortie de son nouveau roman, Juvenia, prévue à la pire date : le 18 mars 2020. La pire date? « L’office – c’est-à-dire l’impression et la livraison aux librairies – est sorti mais le livre est stocké dans les cartons chez les libraires qui ont dû fermé leurs portes », explique-t-elle. Juvenia n’est disponible qu’en liseuse puisque les livraisons à domicile ont aussi été interrompues. « C’est un livre sacrifié, conclut-elle. L’avenir dira s’il deviendra collector…

Une oeuvre, une auteure nourries au cinéma

Dans Juvenia, comme dans plusieurs de ses livres précédents, le cinéma n’est jamais bien loin. Dans ce conte féministe qui vise » à sauver la peau des femmes de 50 ans » résume-t-elle, il est question d’une jeune actrice et d’un producteur de cinéma qu’une nouvelle loi interdit de s’unir en raison de leur trop grande différence d’âge.

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Juvenia, le dernier roman de Nathalie Azoulai, sorti le 18 mars 2020

Dans Les Spectateurs, il était question d’identification aux actrices hollywoodiennes. Dans Clic-Clac, sorti en octobre 2019, une réalisatrice décidait de développer un point de vue différent de celui qu’avaient porté des cinéastes hommes sur la fin d’un amour. Un livre sur le fameux « female gaze »? « Je ne l’ai pas écrit dans cet esprit-là. Mais, c’est vrai qu’il s’agit d’un regard rebelle, qui cherche à introduire de la variation dans la fiction et dans l’amour », reconnait Nathalie Azoulai.

Le cinéma, un personnage de roman?

D’où lui vient donc cette fascination pour le cinéma, cette nécessité d’en parler dans ses livres? « J’ai grandi aux côtés d’une mère qui adorait le cinéma hollywoodien. J’ai été biberonnée au cinéma américain des années 1940 », se souvient-elle. Cette figure maternelle fan de l’âge d’or du 7ème art s’invite souvent dans ses romans.

« Depuis, et de manière plus cinéphile, la technologie aidant pour y avoirs accès, j’ai fait du cinéma une nourriture quotidienne. Encore plus que l’attrait pour l’art visuel qu’il reste, le cinéma est une expérience. Non pas pour vivre par procuration. Plutôt dans cet esprit : j’ai vécu quelque chose de nouveau après avoir vu tel film. Pour ma génération d’écrivain, le 7ème art est même devenu un personnage de fiction », avance-t-elle. Elle cite à ce propos Yannick Haenel ou Tanguy Viel ou le cycle « Littérature et cinéma » qu’elle a organisé à la Maison de la poésie avant qu’il ne cède lui-aussi sous les assauts du coronavirus.

Avant Ozu

Son prochain livre en traitera encore. De manière moins romanesque, puisqu’il s’agit d’un ouvrage sur le réalisateur japonais Ozu, qu’elle écrit à quatre mains avec Serge Toubiana, le président d’Unifrance et ex-rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma. En attendant que ce projet se concrétise, Nathalie Azoulai a confié à Cine-Woman ses cinq films de réalisatrices et ses cinq prestations d’actrices préférés.

Mes cinq films de réalisatrices préférés

1 – Trouble every day de Claire Denis (2001)

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(Christelle) Florence Loiret-Caille et Shane Brown (Vincent Gallo)

Pour la sauvagerie sexuelle qui rôde dans cette fresque lancinante et ensanglantée. Comme toujours chez Claire Denis, un mélange de violence et de douceur qui nous embarque dans un voyage envoûtant.

2 – 35 Rhums de  Claire Denis (2008)

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Lionel (Alex Descas) et ses 35 rhums

Pour l’hommage aux films d’Ozu qui mettent en scène le duo père/fille qui n’arrive pas à se défaire. Pour le rice cooker qui ponctue tous les repas. Pour l’hypnose des rails qui défilent tout au long du film.

3 – Le chef de famille de Nina Companeez (1982)

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Katy (Fanny Ardant) chef de la famille

Ce n’est pas du cinéma mais j’ai toujours adoré cette série télé qui a marqué mon adolescence. Elle met en scène une jeune Fanny Ardant fabuleuse aux côtés d’Edwige Feuillère, Pierre Dux et d’autres grands noms de la scène française, dont le très charmant Francis Huster. Une distribution géniale, une atmosphère de gynécée qui rue dans les brancards tout en buvant le thé. Une ode féministe joyeuse et des dialogues délicieux. Il faudrait qu’on redécouvre cette série méconnue et pour moi plus précieuse que Les Dames de la côte.

4 – Les sept jours de Ronit Elkabetz (et Shlomo) (2008)

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Vivianne (Ronit Elkabetz) entourée de sa famille lors de la scène des funérailles

Un film ultra-composé par tableaux qui fouille les plis et replis d’une famille endeuillée et obligée de vivre dans une promiscuité qui tient lieu
d’épreuve de vérité. La scène inaugurale est incroyablement forte, une famille dans le cimetière bardée de masques à gaz.

5 – High Life de Claire Denis (2018)

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Monte (Robert Pattinson) confiné dans l’espace

Beaucoup de Claire Denis ! Un film qui s’attarde sur la façon dont on sent s’éloigner, s’épuiser les sensations du vivant, les fluides organiques, la vitalité corporelle. Film d’une femme mûre qui utilise toutes sortes de scènes et de ressources pour évoquer cette sensation intime. Ultra-bouleversant pour moi.

Cinq prestations d’actrices inoubliables

1 – Bette Davis dans Eve de Joseph L. Mankiewicz (1950)

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Eve (Anne Baxter), Margo Channing (Bette Davies) Miss Casswell (Marilyn Monroe) et Addison DeWitt (George Sanders)

La fragilité d’une actrice normalement coriace qui affleure ici sous la menace, celle de la rivale jeune. J’aime le jeu varié de Bette Davis, ses punch lines, son entrain permanent même au plus profond du désespoir. Une réplique parmi d’autres  que je lui emprunte souvent: « It’s gonna be a bumpy night ! », lance-t-elle devant une Marilyn débutante.

2 – Catherine Deneuve dans La sirène du Mississipi de François Truffaut (1969)

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Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo) et Julie/Marion (Catherine Deneuve)

Rarement plus émouvante que dans ce film où elle joue avec le feu, le poison, l’amour vache, la tromperie tout en finissant par succomber à la passion. Un vrai bad guy devant un Belmondo naïf et crédule. Rarement aussi belle que dans ce film. Son manteau de fourrure dans la neige lors de l’image finale me bouleverse toujours.

3 – Emmanuelle Devos dans Sur mes lèvres de Jacques Audiard (2001)

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Paul (Vincent Cassel) et Carla (Emmanuelle Devos)

J’ai redécouvert ce film il y a peu et l’ai beaucoup aimé. Surtout pour la performance ultra-nuancée et subtile de l’actrice qui évolue lentement, ne lâche rien, joue tout en finesse.

4 – Setsuko Hara de Printemps tardif de Yasujirô Ozu (1949)

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Noriko (Setsuko Hara) et Shuhichi Somiya (Chisû Ryû)

Actrice fétiche d’Ozu ici rayonnante, resplendissante, éperdument souriante alors qu’elle traverse une épreuve absolument déchirante (quitter son père bien-aimé).  Filmée comme une actrice américaine, Setsuko Hara a la classe d’une Katharine Hepburn, une allure folle, de l’ampleur et du souffle, qui détone, tranche avec la figure de gentille fille qui est la sienne. Entre la star et la madonne.

5 – Katharine Hepburn dans L’impossible monsieur Bébé d’Howard Hawks (1938)

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David (Gary Grant) et (Susan) Katherine Hepburn

Pour le dynamisme fou qu’elle a dans ce film où elle ne s’arrête jamais, trouve sans cesse une ressource, une idée, une direction. Tant par ses mouvements que par son débit et ses répliques, c’est une fontaine de vitalité qui fait rayonner la screwball comedy d’une manière ultra jubilatoire.

© Les films du Losange – Wild Bunch Distribution – Pathé distribution – Shochiku Co., Ltd.
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