Corporate

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Le lean management, ça vous parle? Emilie Tesson-Hansen en est une experte et met tout son talent à être super Corporate. Jusqu’où ira-t-elle? C’est tout le propos du premier long métrage de Nicolas Silhol : Corporate. Justement.

Dans l’enfer de l’entreprise

Les personnages sont fictifs mais les situations bien réelles. Et les techniques de management dénoncées par le film aussi. Emilie Tesson-Hansen (Céline Sallette) est responsable des ressources humaines du service financier d’un grand groupe dont on ne saura rien de plus. Dure, déterminée, elle a été embauchée il y a peu pour dégraisser le service à moindres frais pour l’entreprise.

Corporate de Nicolas Silhol - Cine-Woman

Lambert Wilson de dos (Stéphane Froncart) et Céline Salette (Emilie Tesson-Hansen)

Sans états d’âme, elle choisit ses proies, les convoque, les incite à demander « une mobilité » – qui leur sera toujours refusée –  et donc, au final à démissionner. Que ces employés soient bons ou non, qu’ils soient dans une situation personnelle compliquée n’est jamais son problème. Ça pourrait même être une arme dont elle se servira sans scrupules. Car comme le dit son boss et ancien prof, « à ce jeu, Emilie est la meilleure ».

Corporate, mais jusqu’où ?

C’est vrai qu’elle se défend bien, Emilie. Elle sait être tranchante quand il faut, se radoucir au besoin. Glisser les mains dans ses poches de ses pantalons stricts, prendre un air revêche et rendre son bureau inaccessible. Une fois convoqué, mis sur la touche, Xavier Dalmat l’a appris à ses dépens. Ses coups de fil étaient vains. Jamais plus il n’aurait d’entretien avec elle. Elle attendait qu’il craque. Il se jette par la fenêtre, sous ses yeux.

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Céline Sallette (Emilie) et son boss Lambert Wilson (Stéphane)

Le suicide de Dalmat jette évidemment un froid au sein de l’entreprise. Pas trop longtemps. Juste celui de faire en sorte que la société ne soit pas reconnue coupable de cet acte. Justement, c’est là où ça commence à coincer. Le management par la terreur d’Emilie et de ses chefs n’a que trop durer. Les langues se délient, l’inspection du travail pointe son nez.

Sauver sa peau 

Quand Émilie comprend qu’elle risque d’être la seule à payer pour une stratégie qu’on lui a demandée d’appliquer, elle comprend qu’elle doit se protéger et jouer finement. Réussira-t-elle à sauver sa peau? Si oui, à quel prix ?

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Réunion au sommet des RH avec Lambert Wilson (le DRH), Alice de Lencquesaing (l’assistante), Violaine Fumeau (l’inspectrice du travail), Stéphane de Groodt (un collègue bienveillant) et Céline Salette (Emilie)

France Telecom a, il y a quelques années, avait défrayé la chronique pour la politique cruelle de ses ressources humaines et la froideur de ses dirigeants. Il fallu plusieurs suicides pour que le management soit revu et que la direction change.

Corporate ou le management par la terreur

Nicolas Silhol le reconnait volontiers : il a heurté par le cynisme du PDG de France Telecom, déclarant qu’il fallait mettre un terme à cette « mode du suicide ». Et sensibilisé aux sujets par son père, professeur de management en école de commerce et consultant en RH.

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Céline Sallette de dos (Emilie) et Lambert Wilson (son boss)

Il faut dire que son film est remarquablement bien documenté. lLs techniques sont décrites avec pertinence – certains les reconnaîtront pour les avoir vécues – et le personnage d’Emilie, la RH à qui l’on veut faire porter la responsabilité de cet « échec » est bien défini et bien croqué.

Un duo de femmes à poignes

Le film s’accroche justement à ce personnage central et étudie la manière dont sa carapace va se disloquer au fur et à mesure. Et comment elle va ou non parvenir à ne pas porter le fardeau toute seule.

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Céline Sallette (Emilie, la RH) et Violaine Fumeau (Marie Borrel, l’inspectrice du travail)

Pour cela, Emilie choisit de s’appuyer sur la partenaire qui semblait la moins évidente : une inspectrice du travail compétente et un peu militante. Belle idée que celle de Nicolas Silhol d’avoir justement opté pour un duo de femmes à poignes de style différent, l’une aidant l’autre à prendre conscience de l’humain. Un tel face à face de femmes dans le milieu de l’entreprise et du travail est suffisamment rare dans le cinéma français pour être souligné ici.

Un jeu de dupes

On vante beaucoup la qualité de jeu de Céline Sallette dans ce rôle. Lui offrir ce rôle était une évidence tant sa dureté est franche – elle la porte sur son visage -. Elle assume son rôle ans faillir, prend totalement sa place à l’écran mais sans varier suffisamment son jeu, sans jamais y insérer une once de faiblesse qui au delà de la situation l’aurait rendue un peu plu humaine. Elle est uniquement cérébrale et c’est dommage.

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Duel au sommet entre Violaine Fumeau (marie) et Céline Sallette (Emilie)

En revanche, la bonhomie de l’inspectrice du travail fait de Violaine Fumeau, une actrice à suivre. Experte dans son domaine, sûre de ses compétences, elle donne une profondeur intéressante à son personnage et pas seulement empathique. L’ensemble du casting est toutefois  à la hauteur, et saluons à la fois l’audace et l’originalité d’un premier film pertinent. Plus dur, plus réaliste que les fictions déjà consacrées au sujet tel Violence des échanges en milieu tempéré, Maman a tort ou le très original Toni Erdmann.

De Nicolas Silhol, avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Violaine Fumeau, Stéphane De Groodt, Alice de Lencquesaing…

2016 – France – 1h35

© Claire Nicol / Kazak Productions

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