Rien à foutre

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Co-réalisé par Julie Lecoustre et Emmanuel Marre, Rien à foutre raconte le quotidien d’une hôtesse de l’air. Le film est en compétition à la 60e Semaine de la critique. Inégal.

Terres à terres

Voilà trois ans que Cassandre est hôtesse de l’air pour Wing, une compagnie aérienne low-cost. Basée à Lanzarote aux Canaries, elle enchaîne les vols et les soirées de défonce alcoolisées pour tenir le coup et oublier sa solitude. Que fuit-elle ? Une vie brutalement devenue morne, insupportable en Belgique.

Rien à foutre - 60e Semaine de la critique - Cine-Woman

Cassandre (Adèle Exarchopoulos) hôtesse de l’air chez Wings

 

Limiter Rien à foutre à ce pitch est aussi sincère qu’injuste. Parce que dans les quasi deux heures que dure le film, il ne se passe rien ou presque. Il se passe la vie d’une jeune femme de trente ans qui a brusquement perdu ses repères.

Rien à foutre ou l’envers des compagnies aériennes low-cost

Rien à foutre commence par une scène forte, qui donne immédiatement le ton. Il y sera question de rentabilité des hôtesses de l’air chargées de faire un chiffre d’affaires minimal sur chaque passager. Managées pour rapporter le plus possible à la compagnie aérienne, elles sont constamment surveillées par leurs responsables voire dénoncées par leurs collègues.

Rien à foutre - 60e Semaine de la critique - Cine-Woman

Cassandre (Adèle Exarchopoulos)

 

Cette plongée documentaire dans le lean-management de l’aérien est d’ailleurs la partie la plus intéressante du film. On y perçoit/apprend vraiment comment vivent au jour le jour ces « domestiques de l’air», chargées de nettoyer en 7 mn un avion entier. Perchées sur des talons, rasées de près et maquillées avec soin, elles se pressent pour arracher aux sièges vides le moindre papier, pour vendre des boissons ou un encas, voire de la poésie en flacon de parfum!

Cassandre en deux temps

Rien d’idyllique dans ce métier qui, malgré le low-cost, n’a pourtant pas perdu tout son vernis social et culturel. Rien à foutre aura au moins ce mérite de contribuer à en montrer les coulisses. De manière un peu longue toutefois. Et puis il y a cette deuxième partie complément différente, plus intime, celle où Cassandre retrouve sa famille en Belgique. On comprend alors ce qu’elle fuit. Et c’est pourtant l’épisode le moins convaincant, le plus sombre aussi. Cette rupture qui n’en est finalement pas une déséquilibre l’ensemble, ne légitime pas vraiment le titre non plus.

Rien à foutre - 60e Semaine de la critique - Cine-Woman

Cassandre (Adèle Exarchopoulos) en escale à Lanzarote

Rien à foutre ? De qui? De quoi? Cassandre a son propre parcours de vie et il serait malvenu de la juger, comme le fait un peu son père. Comme tout le monde, elle cherche à tirer son épingle d’un jeu qu’elle ne cautionne pas. Elle le fait avec ses armes, son envie et en maintenant volontairement une distance entre ce qui l’a blessée, meurtrie et ce qui la fait tenir debout. En cela, Adèle Exarchopoulos lui donne une droiture qui donne à son personnage une épaisseur intéressante, qui manque parfois au scénario.

De Julie Lecoustre et Emmanuel Marre avec Adèle Exarchopoulos, Alexandre Perrier, Mara Taquin…

2021 – Belgique/France – 1h50

Rien à foutre de Julie Lecoustre et Emmanuel Marre est présenté en compétition à la 60e Semaine de la Critique. En tant que premier film il concourt aussi à la Caméra d’or.

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