Utoya, 22 juillet

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Le 22 juillet 2011, la Norvège a été frappée par deux attentats. Une bombe puis un méthodique massacre de jeunes militants de gauche réunis sur une île. Utoya, 22 juillet de Erick Poppe reconstitue cette attaque telle que l’on vécut ces jeunes.

L’horreur

Un jour de juillet 2011, le 22, Oslo est frappé par une explosion. Deux heures plus tard, un massacre est perpétré sur l’île d’Utoya où sont regroupés de jeunes travaillistes. Le film retrace l’horreur qui frappe pendant 72 minutes cette jeunesse éduquée, concernée par la politique et qui ne comprend rien à ce qui lui arrive.

Utoya, le 22 juillet d'Erik Poppe - Cine-Woman

Kaja (Andrea Berntzen) militante et responsable

Le film débute par des images d’archives sur l’attentat d’Oslo. Quelques bâtiments du quartier gouvernemental sont soufflés, tuant huit personnes et blessant une quinzaine d’autres. L’information parvient au camp des jeunes travaillistes d’Utoya. Ils sont inquiets. Certains sont même directement concernés. La Norvège est un pays sûr, l’île sera donc un refuge.

L’île de la mort

Elle ne le sera pas pour les jeunes gens, mais pour le tueur qui, avec une méthode et une maîtrise sidérantes, les abat un par un. La tuerie dure plus d’une heure -72 minutes exactement-. 70 jeunes sont assassinés, 90 blessés. 300 sont traumatisés.
Pour reconstituer cette attaque d’Utoya, le réalisateur Erik Poppe a longuement réfléchi à la manière dont il s’y prendrait afin de respecter les victimes.

Utoya, le 22 juillet d'Erik Poppe - Cine-Woman

L’affiche d’Utoya, 22 juillet

Il a d’abord attendu que l’enquête soit close, puis recueilli de nombreux témoignages pour construire ses personnages. Il est ensuite resté fidèle à la durée du massacre qu’on suit, comme si nous y étions, en temps réel. Enfin, il a filmé en caméra mobile et subjective, en épousant constamment le point de vue des victimes. Du tueur, on ne percevra que le bruit, la menace, vaguement une silhouette et peut-être un bout de jambes.

Le point de vue des victimes, toujours

En revanche, Erik Poppe s’attache à suivre au plus près un groupe de jeunes militants. Il les suit dans leur errance, dans leur hésitation à tenter de se cacher (pas facile) ou à fuir. Ou bien, dans leur incapacité à téléphoner à leur famille ou aux secours, qui ont mis du temps, trop de temps à réagir.

On ne peut que saluer la minutie avec laquelle Erik Poppe a choisi de réaliser son film, et la rigueur qu’il a adoptée. Mais, ces qualités et cette volonté de faire ressentir au plus près ce que ces jeunes ont dû subir, n’empêchent toutefois pas une certaine froideur, une distance que ne parvient jamais à effacer la caméra. A vrai dire, on n’y était pas, et comme lors des attentats du 13 novembre à Paris, jamais un film ne permettra de partager l’effroi, la frayeur, la sidération qu’ont dû ressentir les victimes ce soir-là. L’horreur à ce point, gratuite qui plus est, n’est pas transmissible… Et le reste (le goût de la vie, les projets etc…) semble alors factice, artificiel, même si les victimes méritent cet hommage.

D’Erick Poppe, avec Avec Andrea Berntzen, Sorosh Sadat, Aleksander Holmen…

2018 – Norvège – 1h33

Utoya, 22 juillet d’Erik Poppe était en compétition à la Berlinale 2018.

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