Roubaix, une lumière

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Arnaud Desplechin tourne à nouveau dans sa ville et s’intéresse moins à un fait divers sordide qu’au policier qui a résolu le cas. Roubaix, une lumière était en compétition au 72e Festival de Cannes.

L’enfer du nord

Dans la plus grande ville pauvre de France, le commissaire Daoud s’accroche à la cité où il a grandi. Elle a changé pourtant, troqué ses usines textiles florissantes pour un taux de chômage et de pauvreté délirants. Roubaix, c’est la misère et la désolation (et ce n’est pas un cliché).

Durant la période des fêtes, les incidents se succèdent. Une voiture brûle ici, un local là-bas… Difficile de condamner ces comportements pourtant hors la loi. La région est pauvre, presque désespérante et l’escroquerie et la violence y règnent sans vergogne.

Roubaix, un phare

Dans ce tableau terrible, un homme pourtant, le commissaire Daoud  a gardé la foi. Personne d’autre que lui ne connait mieux ce terrain. Il y a grandi, y est resté quand sa famille est repartie au bled. C’est ici qu’il se sent vivant et utile.

Son expérience, pour ne pas dire son expertise du terrain, vont lui être plus qu’utiles. Dans une courée quasi désaffectée de la ville, un incendie criminel a été déclaré. La police enquête, semble confondre d’éventuels coupables, des malfrats du coin. Sans plus de succès.

Roubaix, une réalité et des personnages

Quelques jours plus tard, une vieille dame de cette même courée, est retrouvée morte. Et son décès ne semble pas naturel. Assez vite, le commissaire soupçonne ses deux voisines, Marie et Claude, un couple de jeunes femmes démunies qui vivent avec leur chien. Parviendra-t-il à les confondre ? 

C’est un film assagi, sans ses grands élans romanesques habituels que livre ici Arnaud Desplechin. Inspiré d’un documentaire qu’il a vu il y a dix ans à la télévision « Roubaix, commissariat central » de Mosco Boucault, il filme à nouveau sa ville mais en se confrontant à sa réalité brute, désespérée et désespérante.

Roubaix, une lumière en clair obscur

Mais, on ne se refait pas. Et la glauque réalité n’est finalement pas l’aspect le plus intéressant du film. L’atout majeur de ce fait divers filmé et décrypté de manière très réaliste est un personnage inventé : celui du commissaire Daoud, formidablement incarné par Roschdy Zem. Un policier aussi laconique qu’énigmatique mais dont la force tient justement à ces deux qualités. Roschdy Zem parvient à donner autant d’humanité que de puissance à ce policier hors norme qui finit par éclipser tous les autres.

Face à lui, deux paumées, l’une sous emprise. Sara Forestier (Marie) en fait beaucoup, quand Léa Seydoux, au contraire, se retient. Leur couple est étonnant mais fonctionne plutôt bien et renvoie un mur d’incompréhension qui ne désarçonne pas le commissaire. Un autre de ses points forts.

D’Arnaud Desplechin, avec Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sarar Forestier, Antoine Reinartz….

2019 – France – 2h

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