Les malheurs de Sophie

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Christophe Honoré offre une lecture modernisée et psychologique des Malheurs de Sophie, le classique français de la littérature enfantine de la Comtesse de Ségur.

La nouvelle jeunesse des Malheurs de Sophie

On les pensait passés de mode, coincés dans une époque révolue où l’autorité était une des caractériques de l’éducation ou, à l’inverse, sa pire remise en cause. Mais, les écrits de la Comtesse de Ségur ont la vie dure et la nouvelle adaptation qu’en fait Christophe Honoré donne la preuve qu’ils sont encore vivaces, pour ne pas dire d’actualité.

Les malheurs de Sophie

Céleste Carrale (Camille), Justine Morin (Madeleine), Caroline Grant (Sophie) et Tristan Farge (Paul)

Etrangement, et alors que beaucoup les ont lus enfant, Les Malheurs de Sophie ont été peu adaptés au cinéma, en 1946 par Jacqueline Audry, une des grandes oubliées du cinéma français, et en 1981 par l’acteur Jean-Claude Brialy. Le réalisateur Christophe Honoré, qui a débuté en écrivant des livres pour enfants, leur redonne une jeunesse inattendue.

Sophie, la reine de bêtises

La jeune Sophie est une enfant espiègle, intrépide que rien n’arrête et surtout pas les punitions. Elle croque la vie à pleines dents, n’écoute pas les conseils et du coup, multiple les bêtises. Elle déborde d’énergie et d’imagination. Elle aime aussi « briller » devant son cousin Paul qu’elle adore ou bousculer les conventions respectées de ses amies, Les petites filles modèles.

Les malheurs de Sophie

Caroline Grant (Sophie au centre) et les petites filles modèles en pleine discussion

Vite pardonnée par une mère que Christophe Honoré dépeint dépressive, lasse, isolée, faible – interprétée avec élégance ici par l’actrice iranienne Golshifteh Farahani – Sophie, trop gâtée par un papa absent, fascine autant qu’elle énerve. Avec elle, il faut s’attendre à tout et sans doute au pire. Pourtant, c’est elle qui va le vivre après la mort de sa mère et le remariage de son père avec la terrible Mme Fichini, dont Honoré a confié le rôle à Muriel Robin.

Une lecture psychologique…

Le film s’inspire à la fois des Malheurs de Sophie et de sa suite, Les petites filles modèles, dans laquelle la forte personnalité de Sophie est mise à rude épreuve par le destin. En revanche, il n’aborde pas la fin de la trilogie, Les Vacances, où la vie sourit à nouveau à Sophie.

Les malheurs de Sophie

Caroline Grant (Sophie) et sa poupée

Il est construit à partir des aventures les plus marquantes des livres : la poupée de cire, les poissons rouges, le thé etc. – et qui se concluent toutes aux dépens de Sophie. Mais, il offre une interprétation très contemporaine, très psychologisante de sa désobéissance : ses parents sont défaillants face à sa personnalité trop forte. De son père trop absent, on ne verra que les pieds ou la silhouette de dos. Sa mère, douce, lasse, est tellement préoccupée par ses propres problèmes qu’elle impose une distance et donc une faiblesse par rapport à la force de vie de sa fille.

… et moderne

Christophe Honoré s’attache de plus à filmer à hauteur d’enfant. Et comme la petite Caroline Grant qui interprète Sophie est exceptionnelle, il se plait à révéler son charme, son exubérante, son liberté et son intelligence pétillante.

Muriel Robin et Caroline Grant dans Les malheurs de Sophie

Muriel Robin (Mme Fichini) et Caroline Grant (Sophie)

La distribution et le jeu très moderne des actrices (Golshifteh Farahani ou Muriel Robin  est une des forces d’un film qui s’offre des libertés bienvenues : la musique d’Alex Baupain, des touches d’animation amusantes réalisées par Benjamin Renner, le jeune réalisateur du très beau Ernest et Célestine, les adresses face caméra d’un serviteur débordé ou encore la psychologie revisitée de personnages classiques.

De Christophe Honoré, avec Caroline Grant, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, Anaïs Demoustier…

2015 – France – 1h46

Les enfants peuvent voir le film dès 5 ans.

© Jean-Louis Fernandez

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