Timbuktu

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Voile noir

A la faveur de ses 7 César, Timbuktu ressort dans 300 salles ce mercredi 25 février. 

En 2012, Tombouctou, ville érudite et tolérante du Nord-Mali, est tombée aux mains des djihadistes. Sous leur menace, la vie a changé du tout au tout : obligation pour les femmes de se couvrir entièrement, interdiction de fumer, de jouer au ballon, d’écouter de la musique…

Chronique de l’obscurantisme ordinaire

Le 22 juillet 2012, à Aguelhok, toujours au nord du Mali, un jeune couple, parents de deux enfants, est lapidé pour ne pas s’être uni devant Dieu. C’est ce fait divers, tragique, peu relaté par les médias internationaux qui a finalement décidé Abderahmanne Sissako à prendre sa caméra pour dénoncer l’obscurantisme imposé aux habitants du coin. 

Timbuktu : une femme flagellée à mort par les djihadistes

Dans sa subtile chronique d’une région affectée, infectée, il s’oppose avec tact et en prenant soin de multiplier les angles de vues et les personnages concernés, et montre comment une poignée de désespérés vont semer la terreur sur des citoyens lambda. Pour rien, si ce n’est pas ignorance et par besoin d’exister. 

Terreurs

Par la force, le poids des armes et sous couvert d’une religion que le responsable de la mosquée leur dénie, ils vont brutaliser cette ville, imposer des règles idiotes, terroriser les unes et les autres et sévir au travers d’un tribunal régi par on se sait quelle loi. 

Timbuktu - Ibrahim Ahmed dit Pino face au pêcheur

Toute occasion est bonne pour imposer leur diktat. Que cet éleveur Touareg ait tué un pêcheur parce que celui-ci avait supprimé sa vache préférée, prise dans ses filets, que ce couple vive sans le savoir dans le péché, que ces jeunes se détendent en chantant chez eux un soir… Eux, en revanche, abusent de leur pouvoir en toute impunité : ils fument, menacent les filles qui refusent de les épouser etc… 

Défis

Ils sont pourtant bien faibles, ces « connards » comme les interpelle la folle du village. Il suffit souvent de les défier sur leur propre terrain pour qu’ils abandonnent la partie : l’imam les chasse de la mosquée, la vendeuse de poisson refuse de se couvrir les mains etc. 

Timbuktu - une femme seule face aux djihadistes

Sissako décrit ainsi avec douceur et sans ostentation la vie telle qu’elle est ici imposée. A tous. Même au Touareg qui vit sous sa tente dans le désert. Chronique d’une ville sous influence malsaine, il décrie cet enfer, cette terreur inutile, ces résistants en s’inspirant de cas réels tout en se moquant de la bêtise de ces pauvres types que le désespoir a conduit au pire. 

Témoignage salutaire

Le film, très calme, superbement filmé, est salutaire, indispensable, parce qu’il exprime, représente ce que fut, ce qu’est toujours le quotidien atroce de milliers de gens. Au Mali ou ailleurs.

Timbuktu - Ibrahim Ahmed dit Pino au tribunal

Pour cet exemple, pour ce qu’il dit au moment où il le dit, ce film aurait dû figurer au palmarès du Festival de Cannes 2014. Ce n’est pas le cas. Une occasion manquée qui malheureusement, risque de ne pas se représenter de sitôt. Sissako a su témoigner. Dommage de ne pas l’avoir mieux entendu. Voilà pourquoi aller voir ce film reste un acte militant. Allez-y! 

D’Abderrahmane Sissako, avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara…

2014 – France/Mauritanie – 1h37

©Les Films du Worso- Dune Vision

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