Une chirurgienne débordée s’accorde une pause grâce à une écrivaine venue l’observer travailler. La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet était le 1er film présenté en compétition officielle au 79e festival de Cannes. Il sortira le 9 septembre 2026.
Les autres et soi
Quelques actrices françaises ont eu l’occasion de jouer les chefs de service d’un hôpital. Il y a eu Annie Girardot en Docteur Françoise Gailland, Sidse Babett Knudsen en Irène Frachon luttant contre les ravages du Médiator dans La fille de Brest ou plus récemment, Karin Viard installant La Maison des femmes. Dans les deux dernier cas, c’est leur engagement à remettre en cause un système qui était mis en avant, pas vraiment leur vie intime ou personnelle.
Après L’intérêt d’Adam de Laura Wandel où elle interprétait une infirmière en chef, Léa Drucker, elle-même fille d’un professeur de médecine, donne corps, cette fois, à une chef de service en chirurgie maxillo-faciale. Gabrielle mène, avec une énergie incroyable, une équipe impliquée et lutte de manière acharnée contre une administration qui ne cherche qu’à contrôler son service. Elle a la chance de pouvoir s’appuyer sur un adjoint dévoué, des collaborateurs au taquet et un mari aimant dont elle supporte de moins en moins les enfants. Elle n’en a jamais voulu, elle, des enfants.
Briser l’armure
Mais cette vie à 100 à l’heure a aussi ses limites. C’est en tous cas ce que finit par percevoir Gabrielle quand une écrivaine, Frida, vient l’observer dans son travail et s’en inspirer pour son futur roman. Et pour une fois, Gabrielle va se laisser aller.
C’est la deuxième fois que la réalisatrice Charline Bourgeois-Taquet célèbre la rédemption d’une femme par la découverte d’une relation lesbienne. Déjà, dans Les Amours d’Anaïs, Anaïs Demoustier, elle aussi étourdissante, finissait par trouver du lest en cédant aux charmes de Valeria Bruni-Tedeschi. Dans le cas de La vie d’une femme, il fallait évidemment créer une rupture singulière puisque Gabrielle a déjà tout : un métier qui la passionne, une équipe efficace et dévouée, un mari aimant, une famille qu’elle gère… et un rythme de vie effréné. Mais, la trajectoire est la même. Même si cette relation avec Frida, aussi heureuse soit-elle, ne pouvait-elle pas être autre chose qu’une parenthèse enchantée sur laquelle Gabrielle se retournera avec une nostalgie romantique ? Parce aussitôt la page tournée, sa vie reprend son cours.
Puzzle
Finalement, le plus intéressant dans le film de Charline Bourgeois-Taquet tient dans son parti pris : celui de décrire la vie d’une femme de 55 ans, maitresse de sa vie et de ses désirs, même si elle se noie dans la frénésie de ses responsabilités (qu’elle assume pleinement, cela va de soi). On reconnait aisément Chloé Bertolus, la chirurgienne qui a opérée Philippe Lançon et dont il parle avec admiration dans Le Lambeau. Elle a d’ailleurs reçu la réalisatrice dans son service, dans son bloc opératoire à la Pitié Salpêtrière pour la préparation du film et l’a conseillée pour les dialogues et les gestes médicaux-. La vie d’une femme semble lui être dédié comme un hommage, peut-être même comme un portrait-miroir plus ou moins fantasmé.
L’autre atout de La vie d’une femme est sa structure originale, en chapitres. Ce qui permet effectivement de découvrir Gabrielle à travers les différentes facettes de sa vie, tout en supportant les ellipses. Tant mieux car son rythme trépidant finit par devenir énervant, comme l’est aussi son omniprésence à l’écran. Cette approche par touches, avec cette magnifique respiration lors du spectacle de danse, permet de ressentir autre chose que cette pression étourdissante, et donc comme elle d’enfin pouvoir se laisser aller.
Un film de femmes
Évidemment, Léa Drucker est formidable dans le rôle de Gabrielle, mais pas surprenante. Mélanie Thierry, dans celui de Frida, est franchement sous-employée. La plus irradiante serait Marie-Christine Barrault dont la maladie apporte une faille essentielle à cette vie finalement trop bien organisée de Gabrielle. Les autres seconds rôles sont eux plus anecdotiques.
Même si dans son ensemble, La vie d’une femme est un film agréable à regarder, on aurait aimé qu’il trouve un enjeu qui dépasse cette seule parenthèse enchantée et bouscule beaucoup plus le quotidien organisé d’une control-freak à qui tout réussit, même les pas de côté qu’elle s’autorise.
De Charline Bourgeois-Taquet, avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Marie-Christine Barrault, Charles Berling, Laurent Capelluto…
2026 – France/Belgique – 1h 38
La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet était en compétition officielle au 79e Festival de Cannes. Il est reparti sans prix. Sa sortie en salle est annoncé pour le 9 septembre 2026.
