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L’objet du délit

#metoo Opera surgit durant la préparation chaotique des Noces de Figaro. Un film choral grâce auquel Agnès Jaoui retrouve la verve de son écriture. L’Objet du délit est présenté hors compétition en sélection officielle au 79e Festival de Cannes.

Zones grises

Après Comme une image, l’écriture d’Agnès Jaoui avait perdu sa grâce et la justesse de son œil aiguisé. Elle les retrouve ici sur un sujet – le féminisme, les violences sexistes et sexuelles dans le domaine de la création artistique- sur lequel elle n’a pas un avis banal, ou disons plutôt, l’avis le plus amplement partagé dans les associations féministes actuelles. 

Lucie Gallo (la première assistante), Claire Chust (la metteuse en scène) et Patrick Mille (le financier)

Evidemment, penser par soi-même est un atout. Et il serait impossible de renier le féminisme d’Agnès Jaoui qu’elle a prouvé à travers le choix de ses rôles, notamment dans Aurore de Blandine Lenoir – ou de ses prises de paroles – en dénonçant les violences qu’elle a subies, lors d’une réunion des débuts du Collectif 50/50. Ce qui ne l’empêche pas de situer l’art au dessus du militantisme et de la dénonciation, et de ne pas vouloir condamner les « auteurs » versus les hommes qu’ils sont ou ont été par ce que certains appellent le tribunal médiatique. Cette ligne de crête ignore toutefois certains faits comme la lenteur voire l’incapacité de la justice à prendre des décisions tranchées et rapides (entre autres). Mais, l’ambiguïté de son propos est justement sa force, ici, puisqu’elle lui permet de montrer les différentes points de vue, et donc de comprendre pourquoi les uns et les autres ne sont pas d’accord sur le sujet.

Etat des lieux

Un riche mélomane veut élargir le public de l’opéra au plus grand nombre. Il finance donc la création des Noces de Figaro en confiant la mise en scène à une influenceuse – ce qui lui permet de remplir sa salle en quelques minutes – et la direction d’orchestre à un vieux briscard qui pourrait avoir des choses à se reprocher. Durant la fabrication du spectacle, éclate tout un tas d’évènements ou de comportements entre les différents membres de la troupe qu’Agnès Jaoui prend le soin de détailler : le mansplaining ou l’art des hommes de couper la parole aux femmes et d’imposer leur point de vue, le manque de confiance en soi des femmes malgré leurs postes à responsabilité et leur capacité à tenir leur rang, le racisme, le vedettariat et ses abus, la drague lourde, les attouchements etc. 

Cora/Chérubin (Eye Haïdara) et Hannah/La comtesse Agnès Jaoui

Elle allège le tout avec la musique de Mozart – une mélodie de Fauré se glisse à un moment dans une scène incompréhensible- qu’elle parvient à intégrer de manière très subtile et efficace dans les interstices de cette comédie de moeurs d’aujourd’hui qui refuse de penser comme la meute. C’est assez habile pour être salué. Rappelons qu’il n’est pas indispensable d’être en parfait accord avec ce qui dit un film pour l’apprécier. Saluons donc le geste d’Agnès Jaoui qui consiste à s’emparer d’un sujet et de le décortiquer tout en réussissant à le rendre spectaculaire quand elle le glisse dans l’écrin magnifique, celui des Noces de Figaro monté dans un théâtre en plein air toscan. 

Agnès Jaoui joue Hannah et la Comtesse des Noces de Figaro

Cela étant, le film au titre maladroit aurait gagné à ne pas enchaîner les fins les unes derrière les autres et donc à être raccourci. Tous les comédien.nes n’ont pas la même qualité de jeu ou de présence à l’écran. Et on aurait aussi aimé qu’il permette à Agnès Jaoui à dépasser ses interrogations au sujet des courants féministes actuels pour finalement éclaircir son point de vue à elle. Tout en gardant son humour.

De et avec Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Claire Chust, Patrick Mille…
2026 – France – 2h13

L’Objet du délit d’Agnès Jaoui a été révélé en sélection officielle hors compétition au 79e Festival de Cannes. Sa date de sortie est fixée au 27 mai 2026.

©Anne-FrançoiseBrillot
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