Avec Les Fraises, Laïla Marrakchi s’immerge dans les immenses serres du sud de l’Espagne pour en dénoncer les conditions de travail esclavagistes, mais sans aller au bout de son propos. Présenté à Un Certain Regard – 79e Festival de Cannes, le 18 mai 2026.
Le dernier combat
Il suffit de se promener en voiture dans le sud de l’Espagne pour apercevoir à perte de vue ces serres en plastique qui accélèrent la pousse de fruits et légumes que le Nord de l’Europe consomme à bas prix. Pour les cueillir, une main d’œuvre à bas coût vient d’Afrique et vit à côté de ces champs dans des conditions précaires. Du bord de la route, on aperçoit des masures bâchées d’où sortent parfois des ouvriers harassés. Il était temps que le cinéma s’y intéresse car c’est l’Europe toute entière qui est concernée par cet esclavage moderne.
La réalisatrice Laïla Marrakchi le fait à travers le portrait d’un groupe de marocaines venues gagner un argent impossible à réunir chez elles. Elles débarquent donc du Maroc avec le minimum et se retrouvent à partager un Algeco sans clé à 5, dans un campement clôturé et fermé, lui, par des cadenas.
Elles ramassent des fraises toute la journée, sont payées en liquide au lance-pierres et ne travaillent pas si on n’a pas besoin d’elles ( évidemment sans être indemnisées ). Tous leurs gestes sont surveillées, leurs douches sont collectives et ouvertes à tous. Et tout est monnayable : leur corps, une carte de téléphone, le wifi, une couverture etc.
Fraises amères
Quand Hasna et Meriem débarquent pour vite gagner de l’argent, elles ne s’attendent évidemment pas à un tel traitement. Mais le pire est à venir. Et la scène de douche qui le provoque est particulièrement bien écrite, sentie.
Mais après cette longue exposition nécessaire, bien filmée, bien décrite, le film perd en force. La réalisatrice peine alors à trouver la voie pour résoudre le conflit, pourtant juste, qu’elle a si bien su créer avant. Pourtant, le cas de conscience d’Hasna est montré avec pertinence, à travers ses gestes et non ses mots, le mutisme de Meriem, la plus douce – la mas dulce du titre original- en dit long sur ce qu’elle ressent. Mais l’ensemble de ce qui survient, et les grosses ellipses qui vont avec, ne semblent pas fonctionner avec le rythme imposé par le début du film.
Un cas de conscience qui laisse sur sa faim
Bref, on se perd dans leur combat à se faire respecter, combat parasité par les attitudes rivales de leurs collègues, le flou des situations parfois spectaculaires, parfois répétitives. Le scénario ne semble pas assez documenté pour qu’on saisisse bien ce que les plaignantes, sont prêtes à perdre pour se faire respecter. L’enjeu serait ici une enquête contradictoire qui se conclurait par une vraie scène de procès. Or, c’est à une confrontation de petite envergure à laquelle on assiste.
L’avocate, interprétée par la magnétique Itsaso Arana, semble bien esseulée dans sa démarche malgré sa volonté obstinée. Et Hasan, forte tête depuis le début, présentée comme championne de taekwando, gère son combat sans la stratégie que la pratique des arts martiaux aurait dû lui avoir inculquer. Sinon, à quoi bon en faire, une médaille d’or d’un tel sport.
De Laïla Marrakchi Avec Nisrin Erradi, Hajar Graigaa, Hind Braik, Fatima Attif, Itsaso Arana
2025 – France/ Espagne/ Maroc/Belgique – 1h41
Les Fraises de Laïla Marrakchi est présenté le 18 mai 2026 dans la sélection Un Certain Regard du 79e Festival de Cannes. La date de sortie du film dans les cinémas français n’est pas encore connue.
