Cine Woman

Dorothy Arzner, une pionnière à Hollywood

A Hollywood, durant l’âge d’or des studios, il n’y eu qu’une femme réalisatrice. Pas deux. Dorothy Arzner, une pionnière à Hollywood de Julia et Clara Kuperberg retrace son parcours et son apport au cinéma mondial. A voir le 12 novembre sur OCS. 

La seule réalisatrice américaine des 1930’s et 1940’s

Avec l’indispensable Et la femme créa Hollywood , Clara et Julia Kuperberg avaient mis en lumière, preuves à l’appui, la contribution essentielle des femmes à la création du cinéma américain. Ce film s’achevait sur leur effacement derrière la caméra à la fin des années 1920. Une seule a résisté : Dorothy Arzner. Et c’est sur son parcours et sa passionnante filmographie qu’elles reviennent ici, dans ce documentaire, dévoilé au festival Lumière 2023 et diffusé sur OCS Géants le 12 novembre 2023. 

Dorothy Arzner sur le tournage de son premier film, Frivolités

Dorothy Arzner a donc été la seule réalisatrice à la grande époque des studios. Fille du patron d’un restaurant très fréquenté par les premières stars hollywoodiennes, elle est tombée presque naturellement dans le cinéma en y commençant, selon son souhait, « par le bas », c’est-à-dire en tapant des scénarios. Très vite, elle est promue au montage où elle se fait vite remarquer pour son créativité. Elle négocie avec la Paramount qui l’emploie de pouvoir réaliser les films qu’elle a écrits. 

Dorothy Arzner a réalisé 16 films

En 1927, Frivolités (Fashions for women) est un succès qui lui ouvre d’autres portes. Jusqu’en 1943, elle réalisera 16 longs métrages dont le premier film parlant de la mega-star de l’époque Clara Bow, Les endiablées (The Wild party) ou en confiant le rôle d’une aviatrice à Katherine Hepburn, La phalène d’argent. Ce qui fut récemment relaté (en sous-texte) par Damien Chazelle dans Babylon. 

 

D’après les historiens du cinéma qui interviennent dans ce documentaire, Dorothy Arzner avait la particularité de centrer ses films sur des personnages féminins qui ont à lutter contre les stéréotypes et le patriarcat. Sa filmographie est un sérieux réquisitoire contre le mariage hétérosexuel. L’union maritale, tant vanté par les cinéastes masculins, vaut souvent aux héroïnes d’Arzner soit de perdre leur travail, soit leur indépendance sans jamais les mener au bonheur, mais au contraire, en enfer. 

Dorothy Arzner sous contrat à la Paramount

La réalisatrice, ouvertement lesbienne, aime aussi à filmer les cercles féminins où les femmes ne sont pas montrées comme des rivales, mais plutôt comme devant faire face aux regards et au pouvoir masculins. Ce qui semble très avant-gardiste aujourd’hui et a été rendue possible par l’exceptionnelle ouverture d’esprit d’Hollywood et de la société américaine avant les années 1940 et la mise en place du code Hays. 

Il y aurait tant à dire sur les films de Dorothy Arzner, seul regard féminin sur la société d’alors et forte d’une réelle liberté de ton. Mais, comme beaucoup d’autres, elle a été largement effacée par l’Histoire. Elle a pourtant été directrice de l’école de cinéma de UCLA, ensuite, où elle a repéré un élève doué : Francis Ford Coppola. 

Une réalisatrice méconnue

Riche, comme toujours, de nombreuses archives dont deux interviews de la réalisatrice dans les années 1970, et de pertinentes analyses de spécialistes, Dorothy Arzner, une pionnière à Hollywood fait malheureusement l’impasse sur son amitié très sororelle avec Joan Crawford qui lui a confié la réalisation de nombreux films publicitaires de Pepsi dont cette dernière assurait la communication. 

Mais rien que pour la découverte de son univers et de ses comédies enlevées, dont on voit de nombreux extraits, Dorothy Arzner, une pionnière à Hollywood mérite qu’on s’y attarde. 

Ses films sont malheureusement difficiles à voir en France à l’exception de deux d’entre eux: Honor among lovers (1931) et Merrily we go to hell (1932), tous les deux édités en DVD chez Splendor avec en bonus un entretien Cine-Woman. 

Dorothy Arzner, une pionnière à Hollywood, documentaire de Julia et Clara Kuperberg
2023 – France-Etats-Unis – 52mn

A voir sur OCS Géants, le 12 novembre 2023. 
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