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Visages villages

Quand deux photographes, Agnès Varda et JR, se rencontrent, qu’est-ce qu’ils se racontent? Des histoires de photographes et ça donne : Visages villages, Oeil d’or du Festival de Cannes 2017.

La France vue en grand

Il a 33 ans, elle 88. Pourtant, quand ils se rencontrent, Agnès Varda et JR s’entendent à merveille. Peut-être parce qu’ils sont photographes tous les deux. Sans doute parce qu’ils ont un projet commun. Unir leur passion et leur regard pour faire un documentaire sur la France d’aujourd’hui.

Agnès Varda, JR et le fameux camion

Les voilà donc partis en camion sur les routes de France, hors de sentiers battus. Le camion est celui de JR et il est spécial. Quelqu’un peut y entrer, s’y faire photographier comme dans un photomaton. Quelques minutes plus tard, la photo sort en grand format.

Un instantané mobile

Riches de cet instantané mobile, Agnès Varda et JR sillonnent la France du nord au sud. Du Pas-de-Calais au Vaucluse en passant par la Normandie et captent ces Visages Villages. Chaque arrêt est une étape. Et l’occasion de rencontrer des gens du crû qui leur raconteront  leur histoire. Celle du lieu, de leur famille. Et pour donner à (re)voir ces endroits reculés où peu s’attarde, ils prennent ces gens en photo format géant qu’ils collent alors sur les murs.

La photo de Guy Bourdin sur le blockhaus de Saint Aubin sur Mer

La photo devient témoin en même temps qu’oeuvre d’art. D’un art souvent éphémère mais qui offre un regard différent. Comme ces femmes de dockers qui habitent des piles de conteneurs. Ou, plus émouvant encore, ce vieux portrait du photographe Guy Bourdin qu’Agnès Varda a pris en 1954 et auquel JR redonne vie, le temps d’une marée.

Errance, vacance = Visages, villages

Si l’on ne comprend pas toujours pourquoi ils s’attardent ici ou là, leur regard les guide. Il offre une autre visions de cette France un peu mise sur le côté et le fait à travers des rencontres. L’humain est partout. Les femmes aussi. Et le mélange entre site industriel ou campagne paysanne est intéressant. Il n’y a peu de villes, ne revanche, bien que JR soit un artiste qualifié d’urbain.

Jeannine, l’ultime habitante du coron

Finalement, Visages Villages révèle plus que Les habitants, le projet porté par Raymond Depardon, qui se bornait à offrir un lieu de discussion à des volontaires répartis sur le territoire français. Les moments de vie sont ici moins systématiques et révèlent vraiment ce que Depardon suggérait seulement : les visages d’une France oubliée, à l’écart mais pertinente et bien vivante.

Le camion de JR, l’empreinte de Varda

On apprécie aussi et toujours l’originalité, la fantaisie d’Agnès Varda. Si le principe de la photo grand format et la déambulation en camion restent l’idée de JR, la tonalité du film est très marquée par la personnalité d’Agnès.

Agnès Varda et JR

Ce n’est toutefois pas son meilleur film. Si, comme d’habitude, sa singularité, ses idées et son humour priment, Visages Villages (quel drôle de titre!) est moins émouvant que Les plages d’Agnès. Moins structuré aussi. Et le ping-pong verbal emprunté entre les deux photographes est à la longue énervant.

Documentaire d’Agnès Varda et JR

2017 – France – 1h29

Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2017, Visages Villages d’Agnès Varda et de JR a reçu l’Oeil d’or, le prix du meilleur documentaire toutes sélections confondues.

Visages Villages ©Agnès Varda-JR-Ciné-Tamaris, Social Animals 2016

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