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La détention

Pour parler de la prison sans jamais y entrer, le documentariste Guillaume Massart filme la formation des surveillants. Une bonne idée mais qui a ses limites. La Détention est présentée à l’ACID, le 19 mai 2026.

A l’école des surveillants de prison

« La prison c’est une crise permanente qu’on apprend à gérer », résume brutalement un aspirant à devenir surveillant. Il est en formation, comme beaucoup d’autres, au centre de l’Ecole Nationale d’Administration Pénitentiaire d’Agen durant un semestre de l’année 2024.

Le groupe 24 de la promotion 128 de l’ENAP suivie dans La Détention

De lui comme des autres, hommes et femmes confondus, on ne saura rien de leurs aspirations professionnelles. On se contentera de constater que ces futurs surveillants sont d’âge, de sexe et d’origine différents. Certains ont un accent prononcé, d’autres des tatouages ethniques, certains en imposent, d’autres non.

Se former au pire

De leur formation, on ne suivra que leurs cours et leurs retours de stage, mais jamais les stages eux-mêmes. Ils vont apprendre le règlement, ce qu’ils ont le droit ou non de faire, à gérer des détenus violents, à faire des rapports précis – sans y glisser la moindre opinion- et aussi les petits arrangements nécessaires, à fermer les yeux ou au moins à ne pas juger les comportements de leurs collègues plus aguerris auxquels ils vont se confronter en stage, les peines qu’ils encourent s’ils franchissent la ligne jaune ou rouge.

Des hommes et des femmes qui s’interrogent sur leur prochain métier

Ils font du sport, apprennent à se défendre, à maîtriser une personne au sol, à prendre en considération la détresse d’un détenu sans forcément le prendre en charge, à renvoyer à leur hiérarchie, à se comporter avec une dignité et dans un cadre légal quand bien même la violence est leur quotidien. La discipline et le respect de l’autorité sera leur mantra.

Un collectif sans individualité

Il existe de nombreux films sur la prison, sur les conditions misérables dans lesquels sont souvent entassés les détenus ou sur la vie carcérale. Il est plus rare de s’intéresser aux surveillants, sauf quand ils franchissent la ligne jaune. A ma connaissance, c’est la première fois qu’on s’intéresse exclusivement à leur formation et à la manière dont ils se préparent physiquement et psychologiquement à se former à leur futur métier.

Le doute envahit les esprits du groupe 24 de la promotion 128

Filmer la prison sans jamais y entrer est intéressant même si le parti pris de ne filmer que les salles de cours, collectives, sans jamais interroger les individus reste une faille importante. On aimerait comprendre ce qui pousse ces femmes et hommes à changer de carrière pour endosser un métier si dur, dont ils perçoivent la dureté au fil de leur formation. On aimerait savoir quelles seront leurs marges de manœuvre et de choix, une fois qu’ils seront jugés aptes, puisqu’on perçoit une fois qu’ils rentrent de leurs stages que le terrain les a pris au dépourvu. D’autres questions resteront sans réponse : les femmes formées seront-elles forcément dans des centres pénitentiaires pour femmes ? Est-ce un sujet si elles sont auprès d’hommes détenus, nettement plus nombreux ?  Choisissent-ils leur affectation ? Combien restent dans le métier après cette formation ? Comment progressent-ils professionnellement ensuite ? Combien gagnent-ils ? Des sujets même pas effleurés alors que La détention – quel titre inapproprié ! –  dure plus de deux heures, sans qu’on ne les sente forcément passer.

Documentaire de Guillaume Massart
2026 – France – 2h12

La Détention de Guillaume Massart est présenté à l’ACID le mardi 19 mai 2026. La date de sa sortie en salle n’est pas encore connue.

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