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Juste la fin du monde – Cannes 2016

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Deux ans après la claque Mommy, Xavier Dolan était à nouveau en compétition officielle à Cannes avec Juste la fin du monde et un casting de stars. Malgré son Grand prix, ce nouvel opus est décevant.

Pas les mots

Après une trilogie magnifique sur la famille, trilogie qui montait en puissance ( Laurence anyways, Tom à la ferme et Mommy), le tout jeune Xavier Dolan ( 27 ans) revient sur le sujet avec un casting de stars : Nathalie Baye, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Gaspard Ulliel ( c’est fou ce qu’il ressemble à Marc-André Grondin!)- et l’adaptation d’une pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde.

Gaspard Ulliel (Louis)

Louis, fils prodigue et metteur en scène à succès, revient dans sa famille après 12 ans d’absence pour annoncer sa mort prochaine. Mais, comment trouver les mots, l’espace de dire, de s’exprimer dans une famille qui n’arrive pas à communiquer?

Juste la fin du monde : un huis clos théâtral et familial 

Accueilli en héros trop longtemps resté hors du bercail, il tente d’écouter les autres. Ce que sa mère, son frère, sa femme, et leur jeune sœur ont à lui dire sans parvenir à se confier. Mais dans cette famille, on a le verbe haut. Et se livrer tint plus du rapport de force que de la confidence.

Nathalie Baye (la mère) et Gaspard Ulliel (Louis)

Chacun à sa façon va donc prendre la parole dans une succession de monologues que des scènes intermédiaires, plus vivantes mais moins authentiques, séparent dans une mécanique théâtrale dont Dolan ne parvient jamais à s’extraire. Et ainsi livrer des brides de vie et de sentiments qui portent cette famille exubérante.

Juste la fin du monde, déjà vécue? 

Le filmage est aussi étouffant : des plans serrés, très serrés, avec un flou fréquent, revendiqué (mais difficile à supporter) et des ralentis un peu trop appuyés finissent par caractériser les relations de cette famille populaire, dont Louis, le revenant, a voulu s’extraire. C’est maniéré, lourd, quand l’éclatement du cadre donnait une audace à Mommy. Que manque-t-il à Xavier Dolan pour frapper à nouveau un grand coup?

Marion Cotillard (Catherine) Vincent Cassel (Antoine), Gaspard Ulliel (Louis), Léa Seydoux (Suzanne) et Nathalie Baye (la mère)

Du renouveau. Réalisateur et fils prodigue, comme Louis, enfant gâté du cinéma mondial, il semble trop compter sur son talent et sur son audace pour tomber juste à chaque fois. Tout passait dans Mommy, même Céline Dion, quand ici tout semble forcé. La chorégraphie minable, les tirades, le maquillage – de Nathalie Baye -, les cris, les jeux de cadre, les filtres, les manières du réalisateur.

Besoin de recul, de sang neuf

Le thème aussi, la famille étouffante, accaparante mais repoussante, il en a déjà fait quasiment le tour. Il mériterait, comme Pedro Almodovar, de s’intéresser à autre chose, pour mieux y revenir peut-être.

Vincent Cassel (Antoine), flou et Marion Cotillard (Catherine)

Avec Mommy, la surprise était constante. Pas ici, et c’est dommage, et même pas du côté des acteurs qui, pourtant dans l’ensemble, signent un numéro intéressant. Mention toute spéciale à Vincent Cassel, qui n’a jamais été aussi émouvant jusqu’ici dans aucun de ses films.

Vite, le prochain Dolan! 

C’est peut-être une chance que Dolan fasseille aujourd’hui. Son talent tient dans son audace, dans ce coup de vent frais qu’il apportait aux drames familiaux et dans les contraintes qu’il était obligé de contourner. Juste la fin du monde souffre de boursoufflures, de trop de tout (de moyens, de stars, d’envie de prouver). S’il sait se remettre en cause, évoluer, se questionner,  Xavier Dolan reviendra encore plus fort.

De Xavier Dolan, avec Nathalie Baye, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Gaspard Ulliel…

2016 – Canada/france – 1h37

Juste la fin du monde de Xavier Dolan concourait pour la Palme d’or, en sélection officielle au Festival de Cannes 2016. Il en est reparti avec le Grand prix.

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