Voyage dans le cinéma français

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Cinéphile accompli, Bertrand Tavernier propose un magnifique Voyage dans le cinéma français ou comment l’histoire d’une passion se conjugue avec celle des meilleurs films français. Passionnant.

Une épopée dans le cinéma français

En 1995, Martin Scorsese avait signé un magnifique Voyage à travers le cinema américain qui racontait une histoire subjective du cinema US. Scorsese y parlait des films qui l’avaient marqué, des émotions qu’il avait ressenties en découvrant certaines scènes, certains acteurs ou actrices, certains réalisateurs.

Les voyages de Martin Scorsese dans le cinéma américain et italien

Les voyages de Martin Scorsese dans le cinéma américain et italien

Avec une pléiade d’assistants, il avait même renouveler l’expérience dans un bien plus mineur Mon voyage en Italie, sur le cinema italien, qui manquait d’empathie et de personnalité, pour ressembler à un catalogue d’extraits. Quel dommage d’ailleurs!

Voyage dans le cinéma français : la french touch de Bertrand Tavernier

Qui était capable de proposer le même voyage à travers le cinema français?  Bertrand Tavernier, évidemment. Cinéphile absolu devant l’éternel Dieu du septième art, Bertrand Tavernier partage volontiers l’amour qu’il porte au cinéma français. Il l’a même mis en scène dans un de ses films Laissez-passer (en 2002).

Laissez-passer de Bertrand Tavernier

Jacques Gamblin (Jean Devaivre) dans Laissez-passer de Bertrand Tavernier

Un hommage au cinéaste Jean Devaivre (La Dame de Onze heures et La ferme des sept péchés) et au scénariste Jean Aurenche (Douce et Le diable au corps de Claude Autant-Lara et de L’Horloger de St Paul de Bertrand Tavernier) qui continuent à résister chacun à leur manière sous l’Occupation, en travaillant pour la fameuse société de production, la Continental financée par les Allemands.

Une histoire subjective du cinéma français

Ce Voyage dans le cinéma français dépasse encore cette ambition-là, celle de la réhabilitation d’hommes ou de périodes clés, pour offrir une réflexion, une analyse sur l’Histoire du cinéma français à partir des années 1930. Comme Scorsese, Tavernier y pose un point de vue subjectif, personnel mêlant les souvenirs de son enfance et de sa vie professionnelle avec les grands talents français et leurs oeuvres.

Bertrand Tavernier dans Voyage dans le cinéma français

Bertrand Tavernier dans Voyage dans le cinéma français

Il débute longuement par Jacques Becker qu’il a découvert à six ans, au sanatorium, et prend avec lui comme avec ceux qui suivent – Jean Renoir, Marcel Carné, François Truffaut, Jean-Pierre Melville, Jean-Luc GodardClaude Sautet… – le temps de s’attarder sur leur œuvre, leurs chefs d’œuvre, leurs points forts, nombreux extraits de films à l’appui, leurs talents, leur personnalité et quelques-uns de leurs défauts. C’est passionnant, argumenté et du coup extrêmement pédagogique – et jamais barbant -.

Du charbon pour l’hiver 

En plus, il prend la liberté de ne pas s’intéresser qu’aux réalisateurs. Il insiste sur la puissance de jeu et la personnalité de l’acteur Jean Gabin,  sur la filmographie réjouissante d’Eddie Constantine, entame une longue digression inattendue et pertinente sur les composteurs de musique de films français et leur approche du cinéma par rapport aux américains.

Eddie Constantine dans Alphaville de JL Godard in Voyage dans le cinéma français de Bertrand Tavernier

Eddie Constantine dans Alphaville de Jean Luc Godard

Puis il reprend sa route cinéphile à travers le temps, mêlant son vécu entièrement dédié au 7eme art, sa cinéphile contagieuse avec l’histoire du cinéma en train de se faire. « J’avais envie de dire merci à des gens que j’ai admirés et de parler de manière joyeuse de cette création française, déclarait-il en présentant son film au cinéma Les fauvettes, le 31 mai 2016. « Et de continuer à transmettre. Ce qu’apporte ce film, c’est un peu de charbon pour l’hiver ».

Peu de femmes au Panthéon du 7ème art

On pourrait rester des heures à l’écouter s’enthousiasmer pour un tel, déboulonner de son piédestal celui-là et réhabiliter le sens du rythme de celui-ci. Ce « premier » volet dure 3h15 qu’on ne voit tout simplement pas passer. Riche en extraits, cet opus est forcément incomplet. Tavernier précise que sur les plus 48 000 films français tournés depuis 1895, seuls  un peu plus de 10 000 sont disponibles (et cela sans parler des droits).

Arletty dans Hotel du Nord de Marcel Carné in Voyage dans le cinéma français de Bertrand Tavernier

Arletty dans Hotel du Nord de Marcel Carné

Il envisage de faire une suite bien sûr puisque ce premier épisode se termine dans les années 1970… Et même une série de 9x1h. Une somme donc! Un regret : qu’Agnès Varda soit la seule réalisatrice citée et Arletty, l’une des rares actrices sur laquelle il s’attarde (un peu).

Documentaire de Bertrand Tavernier

2016 – France – 3h15

Voyage dans le cinéma français de Bertrand Tavernier a été présenté au Festival de Cannes 2016 dans le cadre de la sélection Cannes Classics. Il sortira en salle le 12 octobre 2016

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