Une suite qui dérange : le temps de l’action

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Depuis qu’il a été battu à la Présidence des États-Unis, Al Gore a fait de l’écologie et de la lutte contre le changement climatique son nouveau combat. Il le prouve à nouveau avec ce documentaire, Une suite qui dérange : le temps de l’action.

Le tonneau des danaïdes

En 2006, le vice-président des États Unis Al Gore avait surpris tout le monde avec Une vérité qui dérange, un documentaire sur son engagement écologique. Avec pédagogie, cartes et images chocs à l’appui, il expliquait l’absolue nécessité d’agir pour le bien-être de la planète.

Une suite qui dérange : le temps de l'action - Cine-Woman

Al Gore, dans une de ses conférences sur les dérèglements climatiques

Dix ans plus tard, rien n’a changé. Ou plutôt si, et dans le mauvais sens. Les bouleversements les plus spectaculaires – la fonte de calotte glacière, la montée brutale du niveau de la mer, les inondations dramatiques, les cyclones puissants… – sont de plus en plus nombreux et meurtriers. Et la lenteur des politiques à unir leurs forces au niveau international est coupable. Leur bonne volonté s’efface souvent les intérêts nationaux qu’ils préfèrent défendre.

Une suite qui dérange : la continuité d’un engagement sincère

Al Gore reste un infatigable défenseur de la cause. Même s’il parcourt la planète à grands coups de voyages en avion, avec un bilan carbone qu’il n’évoque jamais. Il reprend donc ici ses conférences, les formations aux ambassadeurs du climat qu’il a lancé partout dans le monde pour diffuser cette parole saine. L’enjeu de ce nouveau film était d’abord de dresser un bilan de son action. Mais aussi de mettre en avant ses victoires et les raisons d’espérer.

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Al Gore sur le terrain

Lors la conférence de Paris en 2015, Al Gore aurait réussi à convaincre l’Inde d’abandonner son projet gigantesque de centrales à charbon pour les remplacer par des panneaux solaires. Bravo, chaque petit pas est une victoire. Et la pérennité d’Al Gore dans sa démarche est évidemment à saluer. Elle n’est toutefois pas exempte de tout reproche. Etrangement, c’est en voyant les images des attentats du 13 novembre que la conscience, la nôtre, se réveille.

Le 13 novembre et la Cop21

Al Gore était à Paris pour préparer la Cop21. Il s’apprêtait à prendre la parole sous une dérisoire bulle en plastique, avec la Tour Eiffel en toile de fond quand il entend parler des attaques. Il s’arrête.

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L’ex-vice président américain Al Gore

Habitué aux images crues pour dénoncer les ravages sur la nature, il intègre quelques scènes du Bataclan, les hommages spontanés Place de la République dans le film. Il le fait pudiquement. Mais nos plaies sont si vives, la mort si proche que sa bonne volonté, sa force de conviction ne suffisent plus. Et les interrogations fusent.

Et si les Etats-Unis donnaient l’exemple? 

Que n’a-t-il fait quand il était vice-président de la plus grande puissance et du plus gros pollueur au monde pour prévenir, pour empêcher, pour s’opposer au désastre ? Quelles leçons peut-il donner à l’Inde ou à la Chine quand son propre pays ruine la planète depuis si longtemps ? Prône-t-il de réduire les dépenses énergétiques d’un monstre qui alterne climatisation ou chauffage à fond à la moindre variation de température? D’un peuple obèse qui consomme toujours plus en polluant plus ?  D’un pays prêt à toutes les compromissions pour avoir du pétrole pas cher ? Et qui élit à sa tête un fou furieux dont la première mesure est justement de supprimer les aides aux structures écolo pour mettre à leur place des climato-sceptiques ? Sur ce dernier point, Al Gore n’y est  pas pour grand chose. Il l’évoque à la fin comme un obstacle supplémentaire à son action.

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« En trente, la vapeur d’eau au dessus des océans a augmenté de 4% », prévient Al Gore.

Mais cela jette un coup de froid certain sur sa crédibilité, pas sur son engagement mais sur l’espoir qu’il incarnait. Que les États-Unis montrent l’exemple ! Qu’ils balayent devant leurs portes a-t-on envie de lui dire, avant de donner des injections au monde entier. Et qu’ils signent et respectent les engagements internationaux. Du désastre, ils sont les premiers responsables.

Documentaire de Bonni Cohen et Jon Shenk, avec Al Gore et ses équipes. 

Une suite qui dérange : le temps de l’action sera projeté lors d’une séance spéciale le lundi 22 mai au 70e Festival de Cannes. Sa sortie dans les salles françaises est annoncée au 27 novembre 2017.

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