Snowden

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Avec Snowden, Oliver Stone revient à ce qu’il sait faire de mieux : un biopic politique, qui interroge la démocratie américaine. Instructif et stimulant

Tous sur écoute

Un téléphone portable – à fortiori d’un ordinateur – est un espion en puissance. Tout lui est accessible. Au mieux, les données sont fournies volontairement par leurs propriétaires. Au pire, elles leur sont extorquées, traitées en douceur par des multinationales, des états, des services secrets.

Snowden d'Oliver Stone

Joseph Gordon-Levitt (Snowden) et sa bande de potes geek qui cyber-surveillent le monde entier

Avec humour, Oliver Stone lui-même prévient les spectateurs, en pré-générique de son film Snowden. Mais le pire est à venir dans le biopic épique qu’il consacre à Edward Snowden, un geek patriote devenu le lanceur d’alerte le plus célèbre de la planète. Accessoirement, un des américains le plus recherchés par les autorités US.

Les faits

Snowden n’a pas fait d’études mais il a développé un patriotisme exacerbé, idéaliste et des aptitudes informatiques hors du commun.  Le premier l’a poussé à s’engager dans l’armée. Physiquement inapte, il se réoriente vers les services secrets où un de ses chefs Corbin O’Brian détecte ses talents exceptionnels.

Snowden d'Oliver Stone

Joseph Gordon-Levitt (Snowden)

Très vite, Snowden brille en mettant en place un logiciel puissant que les services secrets détourneront bientôt au profit de la guerre des drones, celle qui pulvérise sans preuve des utilisateurs des téléphones portables, réputés nuisibles. Ce qu’il découvrira bien plus tard.

Cyber puissance économique

Envoyé à Genève sous couverture diplomatique, Snowden découvre les méthodes peu orthodoxes utilisées par la CIA pour faire tomber des hommes, certes ciblés, via les renseignements qu’ils obtiennent en surveillant leurs familles. On commence à s’éloigner sérieusement de la traque anti-terroriste contre laquelle Snowden s’est engagé.

Snowden d'Oliver Stone

Joseph Gordon-Levitt (Snowden)

En fait, et en dehors de toute légalité, le gouvernement américain utilise sa cyber puissance et cette surveillance électronique pour servir ses intérêts économiques. Ca commence à être plus que louche et à trop heurter le loyalisme de Snowden. Il démissionne.

Tous visés, tous concernés

Après un séjour au Japon, où il est rattrapé par la NSA qui l’envoie à Hawaï monter un nouveau système de cybersécurité. Ce qu’il découvre sur place dépasse l’entendement. Il s’aperçoit que non seulement le système qu’il avait mis en place est tellement performant qu’il a été détourné au profit de la guerre des drones. Mais aussi que tous les américains et  à peu de choses près tous les humains connectés sont cyber-surveillés. On apprend au passage que la France surveille 7 fois moins ses citoyens que sa voisine allemande.

Snowden d'Oliver Stone

Joseph Gordon-Levitt (Snowden) entouré de l’équipe du Guardian

Les données de tous sont collectées, stockées en dehors de toute légalité et sans que l’on sache ce qui en est fait. Suspectant un risque majeur pour la démocratie américaine et la liberté de chacun – un des « civil rights » américains, à la base du système politique US – Snowden décide de récolter les preuves nécessaires et les balance au journal anglais The Guardian.

La bombe Snowden

Cette révélation a l’effet d’une bombe. Elle aura pour conséquence l’exil définitif de Snowden, d’abord à Hong Kong puis en Russie. Mais aussi, et c’est encourageant, une reprise en main du politique sur les dérives des services secrets américains. Et même une nouvelle législation sur la surveillance des citoyens et la sauvegarde de ces données. Est-ce efficace ? Peut-être pas.

Snowden d'Oliver Stone

Joseph Gordon-Levitt (Snowden) en exil à Hong-Kong

Mais saluons quand même cette hyper-réactivité américaine qui ne tergiverse jamais avec les menaces qui pèsent sur ses principes démocratiques. Et cela, même si elle ne garantit pas à Snowden un procès équitable et public, ce à quoi il devrait avoir droit. Pour l’instant, il est accusé d’avoir volé des données confidentielles, sans doute de haute trahison, et à un exil en Russie sans doute définitif. Son permis de séjour là-bas s’achève en décembre 2017. Il y devient encombrant paraît-il.

Les lanceurs d’alerte sauvegardent la démocratie : aidons-les et parlons d’eux

Interprété par le très fade Joseph Gordon-Levitt, Snwoden est évidemment un film à la gloire du patriotisme. Mais aussi à celle d’un homme sans relief, mais doué d’un talent hors normes qui a choisi de se mettre en danger pour sauver l’idéal démocratique américain. C’est ce qu’Oliver Stone sait faire de mieux.

Snowden d'Oliver Stone

Joseph Gordon-Levitt (Snowden), maître du rubik’s cube

Son biopic est plein d’allant, clair, facile à comprendre et assez haletant pour ne pas être trop démonstratif. L’histoire est passionnante et l’on attend avec une impatience non feinte qu’un.e réalisateur.rice française s’empare avec la même efficacité du destin de lanceurs d’alerte européens. Ce qui aiderait sans doute à les réhabiliter et les soutiendrait dans l’isolement dans lequel ils sont aujourd’hui cantonnés.

Lindsay, l’âme forte de Snowden

Et, les femmes dans cette histoire? Euh… Disons que dans le monde geek et des services secrets, elles ont une portion congrue. Dans les films d’un réalisateur aussi « viril » qu’Oliver Stone aussi.

Snowden d'Oliver Stone

Joseph Gordon-Levitt (Snowden) et Shailene Woodley (Lindsay)

Toutefois, Snowden est amoureux, d’une certaine Lindsay (Shaileene Woosley) connue via un site de rencontres. Elle est photographe, en vit plus ou moins et sacrifie sa carrière pour lui. Il l’a protégée toutefois en l’obligeant à quitter Hawaï avant lui. Elle lui reste dévouée en le rejoignant à Moscou.

D’Oliver Stone, avec Joseph Gordon-Levitt, Shailene Woodley, Melissa Leo, Zachary Quinto, Rhys Ifan, Tom Wilkinson…

2016 – France – Etats-Unis – 2h14

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