Shirley – visions of reality

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Un voyage dans la peinture d’Hopper

Donner vie aux peintures d’Edward Hopper et les lier en un film. Sur le papier, l’idée est passionnante, intrigante. Animer ses personnages statiques, saisis sur l’instant alors qu’on devine toujours qu’ils ont une vie avant et après le tableau, les relier dans une histoire, ancrée dans l’euphorisante Amérique des années 1930 à 1960 est une évidence. 

Une héroïne dans son temps

Gustav Deutsch, cinéaste expérimental, a ainsi sélectionné 13 tableaux d’Hopper, certains très célèbres. Il a choisi la plupart du temps des peintures représentant un personnage féminin – la muse d’Hopper était sa femme, Joséphine-.  

Shirley (Stephanie Cummings) dans Morning sun (1954)

Cette héroïne est ici toujours incarnée par Stéphanie Cumming, une danseuse à la maitrise des mouvements exemplaires. Le réalisateur a imaginé qu’elle était une actrice à la carrière chaotique, marié à un photoreporter, engagée et vigilante observatrice des trente années qu’elle traverse.

Un dispositif minutieux

La succession de tableaux reprend à la fois l’histoire des Etats-Unis, racontés par le biais d’un journal radiophonique, et le monologue intérieur de cette femme, qui analyse son époque, sa vie professionnelle et personnelle, en se prenant peu à peu sa place dans la peinture puis en la quittant. On regarde ainsi une succession de saynètes dans laquelle la jeune actrice parle des errances de son métier comme de ses incertitudes maritales, ou encore du chaos ambiant. 

La nuit au bureau (1940)

Il faut un temps d’adaptation avant de comprendre comment fonctionne ce dispositif. Notamment parce que le premier tableau choisi par Gustav Deutsch est un des plus énigmatiques. Dans Chair car (1965), Shirley prend place dans le compartiment d’un train, tourne son fauteuil et s’installe pour lire. Ainsi commence ce voyage inédit, envoûtant. Sa radicalité devient toutefois lassante sur la longueur, même si on ne peut qu’apprécier la minutie de la reproduction.

Copies conformes

Gustav Deutsch prétend que son film a demandé neuf ans de préparation, le temps de définir précisément une palette de couleur, de lumière, d’imaginer le fil conducteur de ce voyage, d’ajuster les cadrages… C’est vrai et très réussi, mais cette perfection extrême, cette démarche radicale méritent une attention d’une exigence qui dépasse celle d’une salle de cinéma. 

Sun on brownstons (1956)

Surtout, il faudrait pourvoir comparer avec le tableau, confronter notre interprétation avec la sienne. Mais ce qui reste troublant, et c’est instant unique où le film reproduit exactement le tableau, un moment furtif sur lequel Gustav Deutsch ne s’appesantit jamais et qui finit, donc, par valider l’entièreté de sa démarche. 

De Gustav Deutsch, avec Stephanie Cummins, Christoph Bac, Florentin Groll…

2013 – Autriche – 1h32

© Jerzy-Palacz

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