L’olivier

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Le patriarche d’une famille de paysans espagnols se meurt depuis que ses fils ont vendu son arbre le plus ancien. Avec L’olivier, Iciar Bollain parle de racines et de valeurs. 

Des racines et des valeurs

Les films d’Iciar Bollain ne se ressemblent pas mais ils défendent toujours une même cause : celle des petits contre les puissants. Sa bête noire, ce sont ces multinationales. Celles pillent sans vergogne les raisons de vivre d’humains valeureux dans le but de faire du pognon ou de se racheter une conduite.

L'olivier d'Iciar Bollain

Inès Ruiz (Alma enfant) et Manuel Cucala (son grand-père)

Dans Même la pluie (2010),  il était question d’eau et de la révolte de paysans boliviens contre sa privatisation. Dans L’olivier, il s’agit d’un arbre, de son enracinement et de la vitalité qu’il offrait à la famille de paysans qui en avait hérité.  « Les arbres ne nous appartiennent pas, dit en substance le grand-père quand ses fils veulent vendre cet olivier à un intermédiaire. Lui-même le revendra pour le replanter ailleurs. « Ils étaient là avant nous et ils le seront après », avertit-il.

L’olivier ou la faillite de l’Espagne actuelle

Ce n’est pas ce qu’ont décidé ses fils. Eux ont ont à la fois besoin d’argent et de se heurter à la figure pas très aimable d’un patriarche peu causant. Vendre l’arbre leur offre de tenter leur chance autrement qu’en restant attachés à cette terre qu’ils n’ont pas choisie. Victimes de la crise économique espagnole, ils s’y casseront les dents.

L'olivier d'Iciar Bollain

Inès Ruiz (Alma enfant) et Manuel Cucala (son grand-père)

Alma, la petite fille, est à la fois plus pragmatique et plus consciente des valeurs et des racines qui la portent. Elle comprend très bien ce grand-père qui l’adore. Elle sait que l’arbre parti, il se laissera mourir. Elle n’envisage qu’une issue pour lui redonner un peu de joie de vivre. Il faut retrouver l’olivier et le rapporter à la terre à laquelle il appartient.

L’olivier, une charge contre la bonne conscience écolo

La suite du film est suffisamment rocambolesque pour qu’on la taise ici. C’est Paul Laverty, le scénariste de Ken Loach, qui a écrit le script. Quand on connaît son engagement d’avocat à soutenir les petites gens contre les puissants sans scrupule, on imagine que le film va prendre un tournant politique.

L'olivier d'Iciar Bollain

Inès Ruiz (Alma enfant) et Manuel Cucala (son grand-père)

Comme d’habitude, Paul Laverty – qui est aussi le compagnon d’Iciar Bollain – ne brille pas forcément par la subtilité de ses propos. Mais la constance de son engagement et son travail d’avocat lui donnent une incontestable force. Il sait construire des histoires actuelles, complexes basées sur des personnages parfois ambigus mais dont la quête se justifie au final. Comme cette Alma qui se bat pour un vieil arbre en gagnant sa vie dans un élevage de poulets en batterie.

Une femme de valeurs

Plutôt que d’abonder dans cette charge, Iciar Bollain fait son possible pour être militante sans être péremptoire. Elle apporte une empathie à ses personnages rugueux. A cette intransigeante Alma à qui rien ne fait peur et surtout pas d’avoir raison seule contre tous. A ce grand-père taiseux accroché aux valeurs de sa terre et de ses racines.

L'olivier d'Iciar Bollain

Anna Castillo (Alma)

Elle signe alors un film nécessaire, l’histoire d’un David contre un Goliath qui ne gagne pas forcément la partie mais est capable de respecter, même de fortifier ses valeurs.

D’Iciar Bollain, avec Anna Castillo, Javier Gutierrez, Pep Ambros, Manuel Cucala…

2016 – Espagne/Allemagne – 1h38

A lire aussi  l’interview d’Iciar Bollain et les Tops 5 d’Iciar Bollain.

© Jose Haro

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