Madame B

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Madame B n’est ni aimable, ni recommandable. Mais, son parcours, de la Corée du Nord à celle du Sud, éclaire son attitude d’aujourd’hui. Impressionnante et respectable. 

Histoire d’une nord-coréenne

Madame B a eu une vie incroyable. Née en Corée du Nord, elle s’y est mariée et a eu deux enfants qu’elle a quitté pour un avenir meilleur. Elle a franchi seule le fleuve qui sépare la Corée  du Nord de la Chine en promettant à sa famille de revenir les chercher.

Madame B, histoire d'une nord-coréenne - Cine-Woman

Madame B en transit pour le Sud

Mais, arrivée sur l’autre rive, elle a été vendue par son passeur à un chinois et l’a épousé. Ce qui ne lui a pas donné la nationalité chinoise pour autant, ni la possibilité de travailler.Du coup, et avec la lucidité glaçante et l’envie de s’extraire de sa condition qui la caractérise, Madame B est devenue trafiquante. Trafiquante de drogues, mère maquerelle et organisatrice en chef de sa famille élargie.

Une Madame B éprouvée mais déterminée

A force, elle réussit à envoyer son mari coréen et ses deux fils en Corée du Sud. Tandis qu’elle vit dans la pauvre ferme de son mari chinois. Elle semble s’y être attachée d’ailleurs, même si elle n’a qu’un seul but. Réussir, elle aussi, à gagner le sud. On la cueille à ce moment-là du film, quand avec une autorité froide et une certaine sérénité, elle organise des passages de nord-coréens vers la Chine, puis vers la Corée du Sud.

Madame B, histoire d'une nord-coréenne - Cine-Woman

Madame B et son mari chinois

Peu à peu, on découvre son quotidien, son histoire et son incroyable détermination à ne pas subir sa vie. D’autres auraient baissé les bras depuis longtemps. Mais Madame B est une femme de tête, consciente de ne pas être née au bon endroit et qui refuse d’abdiquer.

Objectif : la Corée du sud

On comprend bientôt qu’elle organise son propre migration vers la Corée du Sud. Ce qui nécessite de traverser une grande partie de l’immense territoire chinois puis de franchir les montagnes pour arriver au Laos et enfin en Thaïlande avant d’arriver à la frontière coréenne. Un parcours clandestin de plus de 2500 km, semé d’embûches et de passeurs que le réalisateur Jero Yun a filmé comme il a pu avant d’être expulsé de Thaïlande.

Madame B, histoire d'une nord-coréenne - Cine-Woman

Madame B et son fils à Séoul

Entre temps, Madame B avait réussi à rejoindre Séoul et à retrouver sa famille initiale.Tout en ayant le projet de faire venir son mari chinois. Le documentaire raconte à la fois la vie de Madame B en Chine puis sa fuite vers la Corée du Sud et enfin ses premiers mois à Séoul, avec de belles ellipses racontées par Madame B elle-même.

L’impossible réconciliation

C’est évidemment un témoignage fort et unique, le récit de la vie chaotique d’un personnage hors du commun, mû par une détermination à toutes épreuves. Parfois, elle semble à peine humaine tant elle a appris à mettre ses émotions et ses sentiments de côté.

Madame B, histoire d'une nord-coréenne - Cine-Woman

Madame B et son premier mari nord-coréen chez leur fils à Séoul

Un regret toutefois: que le récit soit aussi sec et ne prenne pas le temps d’un peu plus de confort. Le parcours à travers la Chine est résumé d’un trait. Il aurait été plus pédagogique que le réalisateur s’étende sur la longueur et les difficultés du voyage.

Madame B, une affaire à suivre ?

La fin aussi est trop abrupte. Même si on comprend que reprendre la vie auprès de ses fils et de son premier mari est impossible, le film s’arrête brusquement, sans même un carton pour signifier que Madame B avait repris sa vie en main. Seule et contre tous. Comme toujours. Comme si le sort de son pays divisé la condamnait définitivement à être apatride et isolée dans sa propre vie. Glaçant.

Documentaire de Jero Yun, avec Madame B. et sa famille

2016 – France/Corée – 1h16

Madame B de Jero Yun était sélectionné à l’Acid 2016. Il a aussi remporté le prix du meilleur documentaire des festivals de Moscou et de Zurich.

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