Les frères sisters

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Les frères sisters, un western avec des rôles très stéréotypés de femmes, n’a, à priori, pas grand chose à faire dans Cine-Woman. Mais Jacques Audiard est le premier réalisateur à avoir publiquement dénoncé l’absence de femmes dans les grands festivals. À leur tête et en sélection.

Plus Sisters que Brothers? 

On parle rarement western dans Cine-Woman. Et pour cause. C’est un des genres du cinéma qui reste le plus masculin et sur l’écran et devant. Les femmes n’y jouent souvent que de petits rôles de faire-valoir. Et encore dans le meilleur des cas. Des héroïnes pourraient pourtant faire l’objet de films. Comme le prouve, Pionnières, héroïnes du Far West, le livre de Gregory Monro. Du coup, les spectatrices ne se déplacent pas pour les voir.

Les frères Sisters de Jacques Audiard - Cine-Woman

John C; Reilly est Eli Sisters, l’aïné

Mais, Jacques Audiard, le metteur en scène des Frères Sisters, est le premier réalisateur de renom à protester publiquement contre l’absence de femmes à la tête des grands festivals et de réalisatrices sélectionnées. Une seule réalisatrice en compétition en 2018 à la Mostra de Venise d’où il s’exprimait. Cette prise de parole légitime que Cine-Woman parle de son nouveau film.

Impitoyables Frères Sisters

Difficile de ne pas voir dans l’oxymore du titre – encore plus direct en anglais Sisters brothers – un amusant clin d’œil à la part féminine du duo de personnages masculins. Les fameux Sisters sont des tueurs impitoyables, à la solde du Commodore, pour régler son sort à un certain Morris. Or, celui-ci les devance partout où ils passent. Le plus énervant est qu’il détient un secret qui pourrait, s’ils mettent la main dessus, les rendre richissimes.

Les frères Sisters de Jacques Audiard - Cine-Woman

Les frères Sisters, Morris & C, soit de gauche à droite (John C. Reilly, Riz Ahmed, Joaquin Phoenix et Jake Gyllenhaal

Le film tourné en anglais avec des acteurs américains, censé se dérouler entre l’Oregon et la Californie, alors qu’il a été tourné entre la Roumanie et l’Espagne, reprend avec fidélité les codes du western. On y tue, on y sue. Les héros, sauvages et violents, ne ménagent pas leur monture et leur rivalité fraternelle est plutôt savamment mise en scène.

Un western transgenre

A vrai dire, le récit décolle vraiment lorsque les frères Sisters retrouvent le fameux Morris (Jake Gyllenhaal). (Avant, on s’ennuie un peu). Le film prend alors une ampleur inédite, un tournant singulier qui mérite qu’on s’y attarde.

Les frères Sisters de Jacques Audiard - Cine-Woman

Le western aujourd’hui: un travail d’équilibriste

Tout sera dit que la qualité du film, de sa mise en scène, du jeu des acteurs, ailleurs. Si, comme toujours Jacques Audiard regarde ces hommes tomber, ce qui est la base de son cinéma, il aurait sans doute été intéressant que dans un genre si stéréotypé, il dessine des personnages féminins plus subtils que la pute, la mère et la tenancière de saloon.

Les frères Sisters de Jacques Audiard - Cine-Woman

La fraternité à l’aune de la violence

Sauf qu’il y a pensé ! En donnant le rôle ultra-défini de la tenancière de saloon à Rebecca Root, à une des rares actrices ouvertement trans. Comme quoi, l’engagement d’Audiard est plus profond que son cinéma ne le montre, à priori, et son discours à la Mostra 2018, certainement plus sincère que tous ceux qui l’ont mollement précédé sur le sujet.

De Jacques Audiard, avec John C Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed, Rebecca Root, Allison Tolman, Carol Kane…

2018 – France/Etats-Unis – 1h57

© Magali Bragard- Shanna Besson

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