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Le cinéma a-t-il un sexe? C’est ce qu’ont voulu savoir Julie Gayet et Mathieu Busson dans leur documentaire très instructif : Cinéast(e)s. Tellement cine-woman…

Cinéma de genre… féminin

L'affiche du 65e Festival de Cannes avec une Marilyn Monroe barbue

Attention Cinéast(e)s est rediffusé mardi 29 octobre 2013 à 19h35 sur Cine+ Emotion

Le cinéma a-t-il un sexe? Au Festival de Cannes 2012, aucune réalisatrice n’était en compétition officielle. « Les femmes montrent leurs bobines, les hommes, leur film», s’est moqué le collectif féministe, La Barbe.  Depuis, la place des femmes dans le cinéma fait débat.

3% des films tournés par des femmes

Evacuons d’entrée les chiffres. En France, un petit quart des longs métrages est réalisé par des femmes (24,4% en 2012 selon le CNC). Et c’est bien pire ailleurs. Aux Etats-Unis, seules trois réalisatrices ont accès aux gros budgets, les autres étant cantonnées aux films indépendants. Dans le monde, seulement 3% des films sont tournés par des femmes. Une misère… Et cela, alors même que près d’un producteur sur deux est une productrice.

Kathryn Bigelow recevant son Oscar pour DemineursQuand on aborde le chapitre des récompenses, le constat est encore plus sévère. En 66 éditions du Festival de Cannes, une seule palme d’or féminine et encore partagée a été remise à une femme, Jane Campion pour La leçon de piano. En 38 années de Cesar, un seul Cesar du meilleur film et du meilleur réalisateur remis à Tonie Marshall pour Venus Beauté (institut). En 84 ans d’Oscars, une seule statuette remise à une réalisatrice, Kathryn Bigelow pour Démineurs.

Mais, qu’en pensent-elles les réalisatrices ? C’est ce qu’a voulu savoir Julie Gayet en allant interroger une vingtaine de cinéastes françaises, témoignages qu’elle regroupe dans un documentaire très instructif, co-réalisé avec Mathieu Busson, et diffusé mardi 15 octobre 2013 à 22H25 sur Cine+ Emotion.

Film d’homme ou de femme?

Au départ, le malaise est palpable. Plus les réalisatrices sortent d’un succès récent, moins elles souhaitent se pencher sur le sujet. « Dites –moi à quoi on reconnaît un film de femme ? », invectivent-elles avec un air de défi. « Au premier coup d’oeil », leur répond Geneviève Sellier, professeur en études cinématographiques à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3.

Nicole Garcia et Julie Gayet dans Cinéast(e)sPour étayer son propos et délier les langues, Julie Gayet a pris le temps de parler longuement à ses interlocutrices, en jouant sur le registre de la complicité. Du coup, quand elles commencent à y réfléchir un peu, ces fameuses cinéastes l’avouent : « oui, incontestablement, il y a des différences ».

Cinéast(e)s : un oeil autre

Qui ne sautent pas toujours aux yeux. Mais, il est pourtant évident qu’une femme ne va pas forcément s’intéresser aux mêmes sujets qu’un homme et qu’elle ne le traitera sûrement pas de la même façon. Tout simplement parce que sa sensibilité et son approche seront différentes, la manière d’aborder la sensualité par exemple, ce qui est exactement le propos de cine-woman.

Julie Gayet et Agnès Varda dans Cinéast(e)sD’autres mettent en avant l’impossibilité de franchir certaines barrières : on n’attend pas (et donc on ne finance pas) un film dit de genre quand il est proposé par une femme. Pas de western féminin, pas de film de science-fiction, pas ou peu de polars, de thrillers… et cela, bien que à peu près tous les métiers du cinéma soient parvenus aujourd’hui à se féminiser. Avant, il n’y a avait que des scriptes et des maquilleuses. Désormais il faut compter avec des chef op’, des productrices, et même des chefs électro !

R.E.S.P.E.C.T

Peu parle toutefois de misogynie affichée. Non, le rejet est plus subtil, moins palpable. Conteste-t-on aux femmes le fait d’avoir de l’autorité ou d’être capable de mener une équipe ? De savoir choisir un objectif ou tenir une caméra ? « Il faut que les filles maîtrisent la technique pour être respectée sur un plateau », conseille Agnès Varda, une pionnière. Certaines mettent même en avant l’avantage qu’elles ont eu à être une femme pour monter leur film.

Julie Gayet n’occulte aucune problématique, ni celle de la maternité, ni celles de la formation dans les écoles de cinéma, Elle conclue son propos en rappelant que si la paternité du cinéma est attribuée aux frères Lumière, c’est une femme, Alice Guy-Blaché, complètement inconnue du public, qui a inventé, dans La fée aux choux, la fiction, la direction d’acteurs, la création des décors, la conception des costumes, l’utilisation du gros plan et même son économie, puisqu’elle fut aussi, la première à créer une société de production. Bref, le cinéma !

De Julie Gayet et Mathieu Busson, avec Mona Achache, Lisa Azuelos, Josiane Balasko, Valeri Bruni-Tedeschi, Julie Delpy, Lola Doillon, Valérie Donzelli, Pascale Ferran, Nicole Garcia, Julie Gayet, Mia Hanse-Love, Sophie Letourneur, Patricia Mazuy, Tonie Marshall, Yolande Moreau, Géraldine Nakache, Katell Quillévéré, Brigitte Roüan, Céline Sciamma, Agnès Varda et Rebecca Zlotowski.

2013 – France – 1h13

Lire sur le même sujet, l’interview de la productrice du film Cinéast(e)s, Christie Molia.

Ce documentaire est multi-diffusé sur Cine+ Emotion . Il est présenté dans le cadre d’une programmation intitulée Le Bal des réalisatrices.

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