Bande de filles

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Vendue comme une bande de filles, ce nouveau film de Céline Sciamma consacrée encore une fois à l’adolescence féminine, est surtout l’histoire d’un destin brisé, celui d’une jeune fille qui s’est brûlée les ailes. Raté donc.

Au prix fort

Dans une cité de la grande banlieue parisienne, Marième (Karidja Touré), 16 ans, vit docile au sein de sa famille – pas de père, une mère femme de ménage, deux petites soeurs – sous l’autorité de son grand frère. Jusqu’au jour où une bande de filles lui propose de la rejoindre.

L’ivresse du possible

Dès qu’elle comprend qu’un autre monde s’ouvre à elle, un monde où elle peut faire ce dont elle a envie, Marième, devenue Vic comme Victoire, va espérer mener sa vie comme elle l’entend. Mais, cette liberté, cette émancipation se paie souvent au prix fort, ce qu’elle découvre malgré sa volonté tenace de s’en sortir.

Les quatre de la bande de filles

C’est un enfermement sans issue que décrit ici Céline Sciamma, cinéaste des filles et de l’adolescence, réputée pour son très beau Naissance des pieuvres et son ambigu Tomboy. Bien plus qu’à une bande de filles et à ses codes (qu’on devine à peine et par hasard), c’est à un destin individuel qu’elle s’attache. Premier regret.

Coups de tête

Très vite, on devine que l’héroïne Marième est dans une impasse, que son chemin est sans retour même si elle parvient à déjouer certains pièges. Son entêtement ne suffit pourtant pas à expliquer ses choix, elle qui est montrée docile et calculatrice avant. Elle fonce sans but, ni stratégie, à peine portée par des émotions ou par ses pulsions hormonales, sans jamais penser à la suite tout en sachant que chaque pas sera décisif pour sa vie. Et ce changement brutal d’attitude, pas du tout explicité, mais traité par ellipse, est très mal mis en scène.

Bande de filles

Vic (Karidja Touré) et sa petite soeur (Simina Soumare)

Le film fonctionne d’ailleurs sur une succession de scènes plaquées les unes à la suite des autres, sans que la vie ne semble se poursuivre entre elles. Du coup, l’ensemble sonne faux, surtout dans la première partie, très longue, celle où Marième s’intègre à sa fameuse bande qu’elle quitte sans regret du jour au lendemain.

Une bande de filles artificielle

Mal titré, mal lié, survendu par une séquence très courte vantée dans la bande annonce – celle de la danse sur RihannaBande de filles est une réelle déception. Sa seule audace étant son sujet : la plongée dans un univers de jeunes filles en banlieue, milieu qu’on sait dominé par les frères, son atout étant ses comédiennes, vivantes.

Bande de filles

Les quatre dansent sur Rihanna

Sur un sujet proche, avec un message plus optimiste et surtout un vécu qui fait toute la différence, Papa was not a rolling stone de Sylvie Ohayon apparaît autrement plus sincère, moins fabriqué que cette bande de filles complètement artificielle.

De Céline Sciamma, avec Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh, Marietou Touré….

2014 – France – 1h52

Le film était présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2014.

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