Je suis le peuple

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Dans son documentaire Je suis le peuple, l’agrégée d’arabe Anna Roussillon raconte sa révolution égyptienne, vue de Louxor, au sein d’une famille de paysans. Et c’est passionnant.

La révolution égyptienne vue et vécue de Louxor

Pas de chance ! Alors qu’elle vivait en Egypte depuis un moment, Anna Roussillon rentre à Paris, la veille de la révolution place Tahrir. Qu’importe ! Elle décide de repartir…

Je suis le peuple depuis Louxor

Pourtant, plutôt que de s’attarder au Caire, où sont installées les caméras du monde entier, elle choisit de planter la sienne dans la famille de Farraj, un paysan qui vit près de Louxor, à 700 km de la place Tahrir.

Farraj dans Je suis le peuple

Farraj

Du coup, si elle parvient à vivre la révolution de l’intérieur, Anna Roussillon n’est pas du tout du côté des manifestants, dans l’action mais au cœur d’une famille qui suit les événements à la télévision et au rythme de son village, marqué par les restrictions de gaz, les récoltes, l’activité du moulin, les enfants mais aussi les soubresauts du pouvoir qui finissent par réussir à bousculer le mode de vie intemporel de ces paysans du Nil.

Un travail remarquable

On assiste donc ainsi à la destitution de Moubarak, aux élections dans le village, à l’enthousiasme populaire pour Morsi, un non militaire soutenu par les frères musulmans et aussi rapidement destitué qu’il a été élu, remplacé par le Général Al Sissi, héritier controversé et autoritaire du premier homme politique démocratiquement élu en Egypte.

Farraj dans Je suis le peuple

Farraj

Outre son angle de vue si différent, ce qui est remarquable dans le documentaire d’Anna Roussillon est en premier lieu la qualité de sa réalisation et de ses prises de vue. La photo, la lumière, le cadrage sont exceptionnels. Son cinéma est magnifique, puissant, alors même qu’il ne filme que la banalité du quotidien, souvent coincé entre les quatre murs de la sombre maison familiale.

Le temps et la lumière

Anna Roussillon a aussi su prendre son temps et filmer cette famille dans la durée, sur plusieurs années, au gré des changements qu’elle subissait dans sa vie et dans les opinions du père – la mère s’exprime peu, et n’aborde pas la politique-.

La voisine de Farraj dans Je suis le peuple

Bâtha, la voisine de Farraj

Témoignage puissant et inédit,  Je suis le peuple au titre ambigü (suit-elle le peuple ou est-elle du peuple? ) est un documentaire remarquable, un film qui devrait faire date et prendre sa place parmi les témoins d’une histoire en marche et qu’il prend le temps de comprendre. Essentiel.

Documentaire d’Anna Roussillon

2015 – France – 1h51

Je suis le peuple a fait l’ouverture de l’Acid 2015 à Cannes. 

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