10949 femmes

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10949 femmes algériennes sont officiellement considérées comme des moujiahidettes, ces anciennes combattantes de la guerre d’Algérie. Pas Nassyma Hablal, à qui ce film est consacré. Elle a pourtant été une des premières femmes à militer et à se battre pour l’indépendance de son pays. 

Portrait d’une combattante

De ce côté de la Méditerranée, on connaît mal l’histoire de la libération de l’Algérie du joug français. Et encore moins, la place que les Algériennes y ont prise. Ce film n’en donne qu’un aspect partiel, à travers le portrait de la charismatique Nassyma Hablal, une des premières engagées dans le mouvement de l’Indépendance. Mais, il  jette des bases sur un sujet délicat et sur ses conséquences politiques. Un éclairage imparfait mais bienvenu.

Nassyma Hablal dans 10949 femmes

Nassyma Hablal

Nassima Guessoum, la réalisatrice, est franco-algérienne. C’est en partant à la découverte de l’histoire de son pays, en s’y consacrant après le traumatisme des années 1990, qu’elle rencontre Nassyma Hablal, une vieille dame oubliée qui vit très simplement dans sa maison près d’Alger. Nassyma a l’oreille capricieuse et elle perd un peu la mémoire. En revanche, elle se souvient parfaitement de son engagement politique et de son rêve d’Algérie indépendante.

10949 femmes, 10949 héroïnes algériennes

A la fin de la deuxième guerre mondiale, Nassyma Hablal a 17 ans. Elle travaille comme secrétaire au cabinet du Gouvernement Général et milite déjà au parti du peuple algérien (PPA). Elle rejoint bientôt le Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action, l’ancêtre du FLN, qui déclenche la guerre contre l’occupant en 1954 et travaille avec Abane Ramdane, la tête pensante de la révolution.

Nassyma Hablal dans 10949 femmes

Nassyma Habla

Placée comme secrétaire à l’Union des Travailleurs Algériens, elle tape le journal El-Moudjahid, fait des faux papiers d’identité et joue les agents de liaison entre différentes cellules qui préparent l’insurrection. Elle finit par être arrêtée en 1957. Elle est emprisonnée, torturée, jugée et condamnée à 5 ans de prison -« une expérience, dit-elle, même si on y perd son temps et sa vie, ça reste une expérience »- et envoyée en France pour purger sa peine.

Mariée à la révolution

Elle s’évade et rejoint le siège du FLN en Allemagne, avec l’envie de rentrer au plus vite en Algérie. Elle est envoyée à la frontière tunisienne où elle assiste, dépitée, aux stratégies et aux jeux de ceux qui vont s’emparer du pouvoir.

Nassyma Hablal dans 10949 femmes

Nassima Hablal jeune

« J’ai vécu des moments héroïques, confie-t-elle. J’ai passé une dizaine d’années dans le Maquis. A l’époque, j’avais épousé la Révolution et été très marquée par ses vrais héros qui ont été éliminés, par ceux qui l’ont confisquée et ont fini pris le pouvoir ». A 80 ans passés et malgré quelques absences, sa ferveur militante reste intacte.

10949 femmes, un work in progress

Le film de Nassima Guessoum retrace donc son parcours tout en mettant en scène sa vie quotidienne, leurs moments partagés, leurs discussions à bâtons rompus. Ce qui est, parfois, un peu difficile à suivre. Même si la réalisatrice complète les « trous » par des explications historiques, glissés entre deux plans plus intimes, si elle met en scène avec des figurines, certains moments particulièrement tragiques, mieux vaut avoir en tête la succession des événements pour bien suivre les confidences de Nassyma.

Nassyma Hablal et Nassima Guessoum (de dos) dans 10949 femmes

Nassyma Hablal et Nassima Guessoum (de dos)

On finit par être plus happé par sa vie quotidienne, par ses absences que par son souvenir de la lutte politique. A regretter presque que la cinéaste ne se soit pas plus intéressée à Baya, une ancienne combattante au verbe haut et à la parole franche, très revendicative et qui semblait plus appropriée pour décrire les enjeux politiques du conflit.

Une femme attachante

Nassyma, en revanche, est très attachante dès qu’elle se met à chanter et à parler avec une modernité inattendue de ses amours et de son fils, plus en tant que femme à la vie bien remplie qu’en souvenir de militante qui semble avoir baissé la garde.

Documentaire de Nassima Guessoum, avec Nassyma Hablal, Nelly Forget, Baya Taoumiya. 

2014 – France – 1h26

10949 femmes est programmé dans de nombreuses salles partout en France, certaines séances sont proposées avec des débats. La liste est à retrouver ici (onglet : films en salle puis 10949 femmes)

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